LA POÉSIE
Vierge au visage blanc, la jeune Poésie, En silence attendue au banquet d'ambroisie. Vint sur un siège d'or s'asseoir avec les dieux, Des fureurs des Titans enfin victorieux. La bandelette auguste, au front de cette reine. Pressait les flots errants de ses cheveux d'ébène; La ceinture de pourpre ornait son jeune sein. L'amiante et la soie, en un tissu divin. Répandaient autour d'elle une robe flottante. Pure comme l'albâtre et d'or étincelante. Creux en profonde coupe, un vaste diamant Lui porta du nectar le breuvage écumaut. Ses belles mains volaient sur la Ivre d'ivoire.
BUCOLIQUES ET EGLOGUES 79
i\\Q ley^a ses yeux où les transports, la gloire, It l'âme et Tharmonie éclataient à la fois. Il, de sa belle bouche, exhalant une voix ^lus douce que le miel ou les baisers des Grâces, îlle dit des vaincus les coupables audaces, li les cieux raffermis et sûrs de notre encens, ilt sous l'ardent Etna les traîtres gémissants.
xjmphe tendre et vermeille, ô jeune Poésie!
)uel bois est aujourd'hui ta retraite choisie?
)uelles fleurs, près d'une onde où s'égarent tes pas,
e courbent mollement sous tes pieds délicats?
•ù te faut-il chercher? Vois la saison nouvelle!
ur son visage blanc quelle pourpre étincelle !
/hirondelle a chanté. Zéphire est de retour :
: revient en dansant; il ramène l'amour;
,'ombre, les prés, les fleurs, c'est sa douce famille,
It Jupiter se plaît à contempler sa fille,
elle terre où partout, sous tes doigts gracieux,
'empressent de germer des vers mélodieux.
c fleuve qui s'étend dans les vallons humides
fxjle pour toi des vers doux, sonores, liquides.
es vers, s'ouvrant en foule aux regards du soleil,
ont ce peuple de fleurs au calice vermeil.
t les monts, en torrents qui blanchissent leurs cimes,
ancent des vers brillants dans le fond des abîmes.
Ma muse fuit les champs abreuvés de carnage,
Et ses pieds innocents ne se poseront pas
Où la cendre des morts gémirait sous ses pas.
Elle pâlit d'entendre et le cri des batailles,
Et les assauts tonnants qui frappent les murailles;
Et le sang qui jaillit sous les pointes d'airain
Souillerait la blancheur de sa robe de lin.
Un jeune berger dira :
Ma muse échevelée, amante des Naïades,
Suit leurs pas sous l'abri des obscures Dryades;
Et, sa flûte à la main, va de ses doux concerts.
De vallons en vallons, réjouissant les airs.
Tout à coup les vallons, les airs, la grotte sombre,
De joie, à ses concerts, poussent des cris sans nombre,
Car de ses doux accents, de ses vives chansons.
Faunes, nymphes, pasteurs, ont reconnu les sons.
Soudain, de toutes parts, volent à son passage
Les nymphes au Iront blanc couronné de feuillage,
Le Satyre au pied double, et Faunes et Sylvains,
Et vierges et pasteurs, et tous frappant leurs mains :
« La voilà », disent-ils; en tumulte ils accourent;
BUCOLIQUES ET EGLOGUES 81
Is s'appellent l'un l'autre; ils la fêtent, l'entourent; e plaignent qu'elle ait pu si longtemps les quitter. ]lle rit; on la suit pour l'entendre chanter.
En commencer une autre ainsi :
Jlons, muse rustique, enfant de la nature, )étache ces cheveux, ceins ton front de verdure, ^a de mon cher de Pange égayer les loisirs, lassemble autour de toi tes champêtres plaisirs; 'on cortège dansant de légères Dryades, )e nymphes au sein blanc, de folâtres Ménades . îlntrez dans son asile aux muses consacré, )ù de sphères, d'écrits, de beaux-arts entouré, >ur les doctes feuillets sa jeunesse prudente ^àlit au sein des nuits près d'une lampe ardente, iélas ! de tous les dieux il n'eut point les faveurs ; souvent son corps débile est en proie aux douleurs. Vluse, implore pour lui la santé secourable, Dette reine des dieux sans qui rien n'est aimable, Qui partout fait briller le sourire, les jeux, Les grâces, le printemps. Qu'indulgente à tes vœux. Le dictame à la main, près de lui descendue, Elle vienne avec toi présenter à sa vue Cette jeunesse en fleur, et ce teint pur et frais, Et le baume et la vie épars dans tous ses traits. Dis lui : « Belle santé, déesse des déesses, Toi sans qui rien ne plaît, ni grandeurs, ni richesses,
Ni chansons, ni festins, ni caresses d'amours. Viens, d'un mortel aimé, viens embellir les jours. Touche-le de ta main qui répand l'ambroisie. Ainsi tu nous verras, troupe agreste et choisie. Les hymnes à la bouche, entourer tes autels, Santé, reine des dieux, nourrice des mortels. »
Des vallons de Bourgogne, ô Loi, fille limpide. Qui pares de raisins ton front pur et liquide. Belle Seine, à pas lents, de ton berceau sacré Descends, tandis qu'assise en cet antre azuré, D'un vers syracusain la muse de Mantoue Fait résonner ton onde où le cygne se joue.