ANTISTROPHE DEUXIEME
Dès lors l'étranger étoimé Se tait avec respect devant leur sceptre immense;
Leur peuple à leurs pieds enchaîné,
Vantant jusques à leur clémence, Nous voue à la risée, à l'opprobre, aux tourments ; Nous, de la vertu libre indomptables amants. Humains! lâche troupeau!... mais qu'importent au sage
Votre blâme, votre suffrage, Votre encens, vos poignards, et de flux en reflux
Vos passions précipitées?
11 nous faut lous mourir. A sa vie ajoutées
226 POESIES DE ANDRÉ CHÉnIER
Au prix du déshonneur, quelques heures de plus Lui sembleraient trop achetées.
KPODE DEUXIÈME
Lui, grands dieux ! courtisan menteur, De sa raison céleste abandonner le faîte,
Pour descendre à votre hauteur 1 En lui-même affermi, comme l'antique athlète.
Sur le sol où son pied s'arrête Il reste inébranlable à tout effort mortel, Et laisse avec dédain ce vulgaire imbécile,
Toujours turbulent et servile, Flotter de maître en maître et d'autel en autel.
Un vulgaire assassia va chercher les ténèbres;
Il nie, il jure sur l'autel; Mais nous, grands, libres, fiers, à nos exploits funèbres,
-A nos turpitudes célèbres, Nous voulons attacher un éclat immortel.
De l'oubli tacituri>e et de son onde noire
Nous savons détourner le cours.
Nous appelons sur nous l'éternelle mémoire;
Nos forfaits, notre unique histoire, Parent de nos cités les brillants carrefours.
0 gardes de Louis, sous les voûtes royales
Par nos ménades déchirés, Vos têtes sur un fer ont, pour nos bacchanales,
Orné nos portes triomphales.
A ces bronzes hideux, nos monuments sacrés !
Tout ce peuple hébété, que nul remords ne touche.
Cruel même dans son repos, Vient sourire aux succès de sa rage farouche.
Et, la soif encore à la bouche.
Ruminer tout le sang dont il a bu les flots.
Arts dignes de nos yeux! pompe et magnificence
Dignes de notre liberté, Dignes des vils tyrans qui dévorent la France,
Dignes de l'atroce démence Du stupide David qu'autrefois j'ai chanté!
De Barca, du Niger les désertes arènes
Nourrissent cérastes ardents.
Tigres à l'œil de flamme, implacables hyènes.
Le bitume flotte en leurs veines; Une rage homicide aiguillonne leurs dents.
A de tels compagnons votre juste message
Devrait ouvrir votre cité.
Se jeter sur le faible est aussi leur courage.
Ils vivent aussi de carnage;
Voir du sang ost v^ir- i l^nr seule volu[)té.
Mais n'osez plus flétrir de votre ignare estime Des mortels semblables aux dieux.
Dans leurs mâles écrits quel foudre magnanime Tonne sur vous et sur le crime!
Ah! si le crime et vous pouviez baisser les yeux!,