ECRIT A SAINT-LAZARE
Mon frère!... que jamais la tristesse importune
Ne trouble ses prospérités! Qu'il remplisse à la fois la scène et la tribune;
Que les grandeurs et la fortune Le comblent de leurs biens qu'il a tant souhaités !
Que les muses, les arts, toujours d'un nouveau lustre
Embellissent tous ses travaux; Et que, cédant à peine à son vingtième lustre,
De son tombeau la pierre illustre S'élève radieuse entre tous les tombeaux !
Mais
Infortune, honnêtes douleurs.
Souffrance, des vertus superbe et chaste fille,
Salut! Mes frères, ma famille.
Sont tous les opprimés, ceux qui versent des pleurs ;
Ceux que livre à la hache un féroce caprice;
Ceux qui brûlent un noble encens Aux pieds delà vertu que l'on traîne au supplice,
Et bravent le sceptre du vice, Ses caresses, ses dons, ses regards menaçants ;
Ceux qui, devant le crime, idole ensanglantée.
N'ont jamais fléchi les genoux, Et soudain, à sa vue impie et détestée,
Sentent leur poitrine agitée.
Et s'enflammer leur front d'un généreux courroux.
LR JEUNE CAPTIVE (l)
Saint-Lazare.
L'épi naissant mûrit, de la faux respecté; Sans crainte du pressoir, le pampre tout l'été
Boit les doux présents do l'aurore; Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui, Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui.
Je ne veux point mourir encore.
Qu'un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort Moi je pleure et j'espère; au noir souffle du nord
Je plie et relève ma tête.
S'il est des jours amers, il en est de si doux! Hélas! quel miel jamais n'a laissé de dégoûts?
Quelle mer n'a point de tempête?
(1) Mademoiselle Franquetot de Coigny.
L'illusion féconde habite dans mon sein. D'une prison sur moi les murs pèsent en vain,
J'ai les ailes de l'espérance :
Échappée aux réseaux de l'oiseleur cruel, Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel
Philomèle chante et s'élance.
Est-ce à moi de mourir? Tranquille je m'endors, Et tranquille je veille, et ma veille aux remords
Ni mon sommeil ne sont en proie.
Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux ; Sur des fronts abattus, mon aspect dans ces lieux
Ranime presque de la joie.
Mon beau voyage encore est si loin de sa fin ! Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin
J'ai passé les premiers à peine.
Au banquet de la vie à peine commencé. Un instant seulement mes lèvres ont pressé
La coupe en mes mains encor pleine.
Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson ; Et comme le soleil, de saison en saison.
Je veux achever mon année.
Brillante sur ma tige et l'honneur du jardin. Je n'ai vu luire encor que les feux du matin.
Je veux achever ma journée.
0 Mitrt! tu peux attendre; éloigne, éloigne-toi; Va consoler les cœurs que la honte, l'effroi, Le pâle désespoir dévore.
Pour moi Paies encore a des asiles verts, Les amours des baisers, les Muses des concerts Je ne veux point mourir encore.
Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois S'éveillait, écoutant ces plaintes, cette voix.
Ces vœux d'une jeune captive :
Et secoaant le faix de mes jours languissants. Aux douces lois des vers je pliais les*accents
De sa bouche aimable et naïve.
Ces chants, de ma prison témoins harmonieux, Feront à quelque amant des loisirs studieux
Chercher quelle fut cette belle :
La grâce décorait son front et ses discours, Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours
Ceux qui les passeront près d'elle.