‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 68 sur 69 · CHANT TROISIEME · texte numérisé non relu

CHANT TROISIEME

C'est l'amour qui, trompant la sombre vigilance, Sait donner devant elle une voix au silence.

Une jeune beauté par lui seul affermie. Quand la troupe aux cent yeux est enfin endormie, De son lit, qui pleurait l'absent trop attendu, Fuit, se glisse, et d'un pied muet et suspendu, Au jeune impatient va, d'aise palpitante. Ouvrir enfin la porte amie et confidente ; Et sa main, devant elle, interroge sans bruit Et sa route peureuse et les murs et la. nuit.

Il apprend aux soupirs à s'exhaler à peine ; Il instruit, près des murs qui pourraient vous ouïr Vos baisers à se taire et ne vous point trahir.

L'obstacle encourage l'amour.

J'épargne le chevreuil que nul bois, nul détour Ne dérobe à mes traits dans la vaste campagne : e veux le suivre au haut de la sombre montagne. Et, trempé de sueurs, affronter en courant La ronce hérissée et l'orageux torrent.

Retenez, il est temps, le songe qui s'enfuit. Belle et rapide fleur, doux enfant de la nuit ; .

Le jour vient, il t'appelle, empresse-toi d'éclore : Ah ! tu ne verras point une seconde aurore.

De tes traits languissants observe la pâleur. Si telle est des amants l'amoureuse couleur. Procris, pâle et mourante, aux abois suit Céphale; Vois, pour Endymion, Phœbé mourante et pâle; Vois d'Alphée éploré pâlir le front vermeil; Et la pâle Clytie amante du soleil.

Quand l'ardente saison fait aimer les ruisseaux,

A l'heure où, vers le soir, cherchant le frais des eaux

La belle nonchalante à l'ombre se promène ;

Que sa bouche entr'ouverte et que sa pure haleine,

Et son sein plus ému de tendresse et de vœux,

Appellent le baiser et respirent ses feux ;

Que l'amant peut venir, et qu'il n'a plus à craindre

La raison qui mollit et commence à le plaindre ;

Que sur tout son visage, ardente et jeune fleur,

Se répand un sourire insensible et rêveur ;

Que son cou faible et lent ne soutient plus sa tête ;,

Que ses yeux, dans sa course incertaine et muette.

Sous leur longue paupière à peine ouverte au jour

Languissent mollement et sont noyés d'amour.

Sur l'oreiller d'amour tous deux.

Mais surtout sans les yeux quels plaisirs sont parfaits ? Laissez, près d'une couche ainsi \olupteuse, Veiller, discret témoin, la cire lumineuse; Elle a tout vu la nuit, elle a tout épié ; Dès que le jour paraît, elle a tout oublié.

A la fin du morceau de Protée :

Et tu verras ainsi contre tes fers agiles, Se briser ses efforts et ses ruses fragiles.

Au troisième chant, histoire des grossières amours des premiers âges; le luxe et l'art s'introduisant peu à peu dans la manière d'aimer... Athènes, Corinlhe, Rome.. . Phryné.

D'un style grossier l'obscène nudité.

Il faut bien observer que ce qui est généralement un défaut dans les femmes, est souvent une grâce et une gentillesse dans une seule. Particulièrement de bien mant^er à table.

Les beaux garçons sont souvent si bêtes.

Un homme doit se conformer au goût des femmes. Il doit quelquefois coudre, broder, faire de la tapisserie ; mais il ne faut pas qu'il s'y montre trop adroit; au contraire, il vaut mieux qu'il affecte de s'y prendre mal. Hercule auprès d'Omphale. Sa maladresse qui amusait cette dame.

Le mot d'un peintre: Ne pouvant la faire belle, tu l'as faite riche.

Ce n'est pas que je veuille condamner les femmes à ne songer qu'aux affaires du ménage. J'aime fort qu'une belle main, habile à manier la plume et l'aiguille, cultive à la fois l'une et l'autre Minerve.

Un vers en comparaison Nervis alienis mobile Hgnum.

Aux signes de l'aimant statue obéissante,

S'enflamme au seul aspect d'un feu contagieux.

Ainsi, quand au hasard un doigt harmonieux

Agite et fait parler une corde sonore.

Une autre corde au loin qu'on négligeait encore

D'elle-même résonne, éveillée à ce bruit,

Et s'unit à sa sœur, et l'écoute et la suit.

Aux bords oii l'on voit naître et l'Euphrate et le jour, Plus d'obstacle et de crainte environne l'amour. Aussi. , ,

, . Sans se pouvoir parler même des yeux, On se parle, ou se voit. Leur cœur ingénieux Donne à tout une voix entendue et muette, Tout de leurs doux pensers est le doux interprète. Désirs, crainte, serments, caresse, injure, pleurs, Leurs dons savent tout dire ; ils s'écrivent des fleurs. Par la tulipe ardente une flamme est jurée; L'amaranthe immortelle atteste sa durée.

L'œillet gronde une belle. Un lis vient l'apaiser. L'iris est un soupir ; la rose est un baiser.

C'est ainsi chaque jour qu'une sultane heureuse Lit en bouquet la lettre odorante, amoureuse. Elle pare son sein de soupirs et de vœux ; Et des billets d'amour embaument ses cheveux.

Voir d'Herbelot au mot Lnleh qui signifie une ti;lipe. [D'Herbelot, Bibliothèque orientale, 4 vol.in-4°.)

Offrons tout ce qu'on doit d'encens, d'honneurs suprêmes

Aux dieux, à la beauté plus divine qu'eux-mêmes.

Puisse aux vallons d'Hémus, où les rocs et les bois

Admirèrent d'Orphée et suivirent la voix,

L'Ébre ne m' avoir pas en vain donné naissance !

Les muses avec moi vont connaître Byzance ;

Et si le ciel se prête à mes effort heureux,

De la Grèce oubliée enfant plus généreux.

Sur ses rives jadis si noblement fécondes,

Du Permesse égaré je ramène les ondes.

Pour la première fois de sa honte étonné.

Le farouche turban, jaloux et consterné,

D'un sérail oppresseur, noir séjour des alarmes.

Entendra nos accents et l'amour et vos charmes.

C'est là, non loin des flots dont l'amère rigueur

Osa ravir Sestos au nocturne nageur,

Qu'en des jardins chéris des eaux et du zéphyre,

Pour vous, rayonnant d'or, de jaspe, de porphyre,

Un temple par mes mains doit s'élever un jour.

Sous vos lois j'y rassemble une superbe cour

Où de tous les climats brillent toutes les belles :

Elles régnent sur tout et vous régnez sur elles.

Là des filles d'Indus l'essaim noble et pompeux.

Les vierges de Tamise, au cœur tendre, aux yeux bleus,

De Tibre et d'Eridan les flatteuses sirènes,

Et du blond Eurotas les touchantes Hélènes^

Et celles de Colchos, jeune et riche trésor,

Plus beau que la toison étincelante d'or.

Et celles qui, du Rhin l'ornement et la gloire.

Vont dans ses froids torrents baigner leurs pieds d'ivoire.

Toutes enfin, ce bord sera tout l'univers.. .

L'amour croîl par l'exemple, et vit d'illusions.

Belles, étudiez ces tendres fictions

Que les poètes saints, en leurs douces ivresses.

Inventent dans la joie aux bras de leurs maîtresses :

De tout aimable objet Jupiter enflammé,

Et le dieu des combats par Vénus désarmé,

Quand, la tête en son sein mollement étendue,

Aux lèvres de Vénus son âme est suspendue,

Et dans ses yeux divins oubliant les hasards,

Nourrit d'un long amour ses avides regards;

Quels appas trop chéris mirent Pergame en cendre ;

Quelles trois déités un berger vit descendre.

Qui, pour briguer la pomme abandonnant les cieux.

De leurs charmes rivaux enivrèrent ses yeux ;

Et le sang d'Adonis et la blanche hyacinthe

Dont la feuille respire une amoureuse plainte;

Et la triste Syrinx aux mobiles roseaux.

Et Daphné de lauriers peuplant le bord des eaux;

Herminie aux forêts révélant ses blessures ;

Les grottes, de Médor confidentes parjures ;

Et les ruses d'Armide, et l'amoureux repos

Où, sur des lits de fleurs languissent les héros ;

Et le myrte \ivant aux bocages d'Alcine.

Les Grâces dont les soins ont élevé Racine

Aiment à répéter ses écrits enchanteurs.

Tendres comme leurs yeux, doux comme leurs faveurs.

Belles, ces chants divins sont nés pour votre bouche.

La lyre de Le Brun, qui vous plaît et vous touche.

Tantôt de l'élégie exhale les soupirs,

Tantôt au lit d'amour éveille les plaisirs.

Suivez de sa Psyché la gloire et les alarmes ;

Elle-même voulut qu'il célébrât ses charmes,

Qu'Amourvînt pour l'entendre; et dans ces chants heureux

Il la trouva plus belle et redoubla ses feux.

Mon berceau n'a point vu luire un même génie :

Ma Lycoris pourtant ne sera point bannie.

Comme eux, aux traits d'Amour j'abandonnai mon cœur.

Et mon vers a peut-être aussi quelque douceur.

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