‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 67 sur 69 · CHANT DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHANT DEUXIÈME

Il faut qu'un amant sache prendre toutes les formes... exemples des métamorphoses des dieux... Après trois ou quatre, tinir par raconter en douze ou quinze vers l'enlèvement d'Europe, traduisant Ovide, livre II, et Moschus... D'abord elle a peur... puis elle finit par s'asseoir sur lui.

Aux rives de Sidon Jupiter mugissant.

Jupiter quadrupède et sur l'herbe paissant, Aux rives de Sidon ravisseur mugissant.

Quoique paisible et doux, la vierge qu'il adore L'approche, fuit, revient, fuit et revient encore; Puis lui jette des fleurs, s'accoutume à le voir, Le touche, et sur son flanc ose bientôt s'asseoir.

AàOpca TîrjXei'ôao ^tXa[xaxa, Xàûptov suvocv.

(Bion de Sm.yrne.) Et les baisers secrets et les lits clandestins...

Si d'un mot échappé l'outrageuse rudesse A pu blesser l'amour et sa délicatesse, Immobile il gémit; songe à tout expier. Sans honte, sans réserve, il faut s'humilier ; Tombe même à genoux, bien loin de te défendre; Tu le verras soudain plus amoureux, plus tendre, Courir et t'arrêter, et lui-même à genoux Accuser en pleurant son injuste courroux. Mais souvent malgré toi, sans fiel ni sans injure, Ta bouche d'un trait vif aiguise la piqûre; Le trait vole, tu veux le rappeler en vain; Ton amant consterné dévore son chagrin : Ou bien d'ua dur refus l'inflexible constance De ses feux tout un jour a trompé l'espérance. Il boude; un peu d'aigreur, un mot même douteux Peut tourner la querelle en débat sérieux. Oh ! trop heureuse alors si, pour fuir cet orage, Les Grâces t'ont donné leur divin badinage; Cet air humble et soumis de n'oser l'approcher, D'avoir peur de ses yeux et de t'aller cacher, Et de mille autres jeux l'inévitable adresse, De mille mots plaisants l'aimable gentillesse, Enfin tous ces détours dont le charme ingénu Fait éclater un rire à peine retenu.

Il t'embrasse, il te tient, plus que jamais il t'aime ; C'est ton tour maintenant de le bouder lui-même. Loin de s'en effrayer, il rit, et mes secrets L'ont instruit des moyens de ramener la paix.

Sache inventer pour lui mille. tendres folies.

]1 faut, en le grondant, le serrer dans les bras; Lui dire, en le baisant, que tu ne l'aimes pas; Et les reproches feints, la colère badine ; Et des mots caressants la mollesse enfantine; Et de mille baisers l'implacable fureur.

Souvent d'un peu d'humeur, d'un moment de caprice

(Toute belle a les siens) il ressent l'injustice;

Il se désole, il crie, il est trompé, trahi;

Tu ne mérites pas un amant tel que lui;

Il a le cœur si bon! Sa sottise est extrême I

Il te hait, te maudit ; — plus que jamais il t'aime.

Crains que l'ennui fatal dans son cœur introduit

Puisse compter les pas de l'heure qui s'enfuit.

11 est, pour la tromper, un aimable artifice :

Amuse-la des jeux qu'invente le caprice;

Lasse sa patience à mille tours malins.

Ris et de sa faiblesse et de ses cris mutins.

Tu braves tant de fois sa menace éprouvée,

Elle vole, tu fuis ; la main déjà levée,

Elle te tient, te presse ; elle va te punir.

Mais vos bouches déjà ne cherchent qu'à s'unir.

Le ciel d'un feu plus beau luit après un orage.

L'amour fait à Paphos naître plus d'un nuage,

Mais c'est le souffle pur qui rend l'éclat à l'or,

Et la peine en amour est un plaisir encor.

Le hasard à ton gré n'est pas toujours docile.

Une belle est un bien si léger, si mobile I

Souvent tes doux projets, médités à loisir,

292 POÉSIES DE ANDRÉ CHÉnIER

D'avance destinaient la journée au plaisir;

Non, elle ne veut pas. D'autres soins occupée.

Tu vois avec douleur ton attente échappée.

Surtout point de contrainte. Espère un plus beau jour.

Imprudent qui fatigue et tourmente l'amour.

Essaye avec les pleurs, les tendres doléances,

De faire à ses desseins de douces violences.

Sinon, tu vas l'aigrir; tu te perds. La beauté,

Je te l'ai fait entendre, aime sa volonté.

Son cœur impatient, que la contrainte blesse,

Se dépite : il est dur de n'être pas maîtresse.

Prends-y garde : une fois le ramier envolé

Dans sa cage confuse est en vain rappelé.

Cède; assieds-toi près d'elle; et, soumis avec grâce,

D'un ton un peu plus froid, sans aigreur ni menace.

Dis-lui que de tes vœux son plaisir est la loi.

Va, tu n'y perdras rien, repose-toi sur moi ;

Complaisance a toujours la victoire propice.

Souvent de tes désirs l'utile sacritice,

Comme un jeune rameau planté dans la saison,

Te lendra de doux fruits une longue moisson.

Flore a pour les amants ses corbeilles fertiles ; Et les fleurs, dans leurs jeux, ne sont pas inutiles. Les fleurs vengent souvent un amant courroucé Qui feint sur un seul mot de paraître offensé. 11 poursuit son espiègle, il la tient, il la presse; Et, fixant de ses flancs l'indocile souplesse, D'un faisceau de bouquet en cachette apporté Châtie, en badinant, sa coupable beauté,

La fait taire et la gronde, et d'un maître sévère Imite, avec amour, la plainte et la colère; Et négligeant ses cris, sa lutte, ses transports, Arme le fouet léger de rapides efforts, Frappe et frappe sans cesse, et s'irrite et menace. Et force enfin sa bouche à lui demander grâce. Telle Vénus souvent, aux genoux d'Adonis, Vit des taches de rose empreintes sur ses lis. Tel l'Amour, enchanté d'un si doux badinage, Loin des yeux de sa mère, en un charmant rivage. Caressait sa Psyché dans leurs jeux enfantins. Et de lacets dorés chargeait ses belles mains.

Fontenay! lieu qu'Amour fit naître avec la rose, J'irai (sur cet espoir mon âme se repose). J'irai te voir, et Flore et le ciel qui te luit. Là je contemple enfin (ma déesse m'y suit). Sur un lit que, je cueille en tes riants asiles, Ses appas, sa pudeur, et ses fuites agiles, Et dans la rose en feu l'albâtre confondu. Comme un ruisseau de lait sur la pourpre étendu.

Dans les plaisanteries pour rire, il faut prendre garde de ne rien dire qui puisse être une vérité.

L'amour est délicat, un rien peut le blesser.

Quand on a resté avec ce qu'on aime, môme sans rien dire, le temps a passé vite, on s'étonne toujours qu'il soit déjà si lard.

Nulle heure n'est oisive et nul instant n'est vide. Le temps vole, pour eux, d'une aile si rapide I

Tous deux muets, tous deux tranquilles à l'écart, S'étonnent à la fin qu'il soit déjà si tard. Ils se parlent d'amour dans leur silence même. L'àme sans le vouloir rêve de ce qu'elle aime. Il est là; c'est assez

Je leur ai conseillé de s'absenter quelquefois ; mais vous n'avez rien à craindre, c'est un précepte bien pénible.

Eh ! qui peut sans mourir s'éloigner d'une amante ?

Sur sa lèvre de rose et d'amour parfumée, Cueillir la douce fleur d'une haleine embaumée. Quand on a été longtemps importuné par des témoins...

Dans le premier baiser l'àme entière se noie.

Un jeune homme Croit toujours de beaux yeux garants d'une belle âme.

Et sur son cou d'ivoire

D'une dent chatouilleuse, avec un doux murmure, Imprimera la molle et suave blessure.

Et tu sais bien quel est auprès de la beauté L'attrait même du crime et de la nouveauté.

Oui, jusque dans sa robe et le contour de lin Que presse la ceinture au-dessous de son sein. Sans ayoir son aveu, ta bouche pétulante

A cherché la fraîcheur de sa gorge naissante.

Sur les deux ramiers blancs le vautour indompté.

Sur les deux ramiers blancs il s'est précipité,

Les deux oiseaux jumeaux qu'un même nid rassemble,

Qui se cachent tous deux, qui s'élèvent ensemble,

Dont le bec est de rose, et que l'œil plein d'ardeur,

Poursuit, touche de loin, et qui troublent le cœur.

Sa robe au gré du vent derrière elle flottante, En replis ondoyants mollement frémissante, S'insinue, et la presse, et laisse voir aux yeux De ses genoux charmants les contours gracieux.

Non, même sans chercher d'amoureuses promesses. Sans vouloir de Vénus connaître les caresses, D'être belle toujours vous prenez quelques soins ; Vous voulez plaire même à qui vous plaît le moins. 0 chaste déité qu'adore le Pirée, Tu jettes l'instrument, fils de ta main sacrée, Tu brises cette flûte où pour charmer les dieux. Respire en sons légers ton souffle harmonieux ; Tu rougis de la voir dans une onde fidèle Altérer la beauté de ta joue immortelle.

Du céleste voyage à mon char confié En deux courses son vol a franchi la moitié. Descendons, sous nos pas la nuit couvre les plaines. De mes cygnes fumants je détache les rênes ;

Demain même trajet s'ouvre devant mes yeux ; Mon char avec le jour regagnera les cieux.

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