‹ Œuvres poétiquesChapitre 102 sur 121 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

O mon fils, mon Hermès^ ma plus belle espérance, O fruit des longs travaux de ma persévérance, Toi, l'objet le plus cher des veilles de dix ans, Qui m'as coûté des soins et si doux et si lents; Confident de ma joie et remède à mes peines; Sur les lointaines mers, sur les terres lointaines. Compagnon bien-aimé de mes pas incertains, O mon fils, aujourd'hui quels seront tes destins? Une mère longtemps se cache ses alarmes; Elle-même à son fils veut attacher ses armes; Mais, quand il faut partir, ses bras, ses faibles bras, Ne peuvent sans terreur l'envoyer aux combats. Dans la France, pour toi, que faut-il que j'espère? Jadis, enfant chéri, dans la maison d'un père Qui te regardait naître et grandir sous ses yeux. Tu pouvais sans péril, disciple curieux. Sur tout ce qui frappait ton enfance attentive Donner un libre essor à ta langue naïve. Plus de père aujourd'hui! le mensonge est puissant. Il règne : dans ses mains luit un fer menaçant. De la vérité sainte il déteste l'approche; Il craint que son regard ne lui fasse un reproche; Que ses traits, sa candeur, sa voix, son souvenir» Tout mensonge qu'il est, ne le fassent pâlir.

Mais la vérité seule est une, est éternelle; Le mensonge varie, et l'homme trop fidèle Change avec lui : pour lui les humains sont constants, Et roulent de mensonge en mensonge flottants...

Mais, quand le temps aura précipité dans l'abîme ce qui est aujourd'hui sur le faîte, et que plusieurs siècles se seront écoulés Tun sur l'autre dans Toubli, avec tout l'attirail des préjugés qui appartiennent à chacun d'eux, pour faire place à des siècles nouveaux et à des erreurs nouvelles...

Le français ne sera dans ce monde nouveau Qu'une écriture antique et non plus un langage. Oh! si tu vis encore, alors peut-être un sage, Près d'une lampe assis, dans l'étude plongé, Te retrouvant poudreux, obscur, demi-rongé. Voudra creuser le sens de tes lignes pensantes : Il verra si du moins tes feuilles innocentes Méritaient ces rumeurs, ces tempêtes, ces cris, Qui vont sur toi, sans doute, éclater dans Paris;...

alors, peut-être,... on verra si... et si, en écrivant, j'ai connu d'autre passion...

Que l'amour des humains et de la vérité!

Page 1