‹ Œuvres poétiquesChapitre 106 sur 121 · LA SUPERSTITION · texte numérisé non relu

LA SUPERSTITION

le monstrueux mélange était fait pour lui plaire.

Des baisers de la fille et des crimes des fils,

Ou le sceptre, ou la pourpre, ou la mitre est le prix.

Non, certes, l'Esprit-Saint, ennemi du parjure,

Ne saurait habiter cette poitrine impure.

Non! les anges du ciel n'approchèrent jamais

Ces lèvres ni ces yeux affamés de forfaits.

O Christ ! Agneau sans tache, ô Dieu sauveur de l'homme !

Non, tu ne souris point sur les autels de Rome,

Lorsque, parmi ses fils, ce pontife assassin,

Que sa fille impudique a tenu sur son sein,

Couvrant des trois bandeaux sa tête diffamée,

Ouvre, pour te louer, sa bouche envenimée;

Quand ses mains, de poisons artisans odieux,

Touchent ton corps sacré, nourriture des cieux;

Quand

11 tend sur les chrétiens sa droite incestueuse, Et pour bénir le peuple ose de rang en rang Lever des doigts souillés de crimes et de sang.

Hommes saints, hommes dieux, exemples des Romains, Divin Caton, Brutus, les plus grands des humains, Pensiez-vous que jamais, plein d'orgueil et de gloire, ^u milieu des respects d'un stupide auditoire, ,Dans un poudreux gymnase au mensonge immolé, Un rhéteur imbécile et d'ignorance enflé, n\r la foi d'un sophiste élève de Carthage, 3ût prouver que vos cœurs n'eurentqu'unvain courage it qu'une vertu vaine, et que ce prix si doux

De s'immoler pour elle était vain comme vous; Vous dévouer aux feux où le crime s'expie ; Vous prodiguer les noms et de lâche et d'impie, Pour n'avoir pas voulu montrer à l'univers Aux pieds du crime heureux la vertu dans les fers?

PRÈS des bords où Venise est reine de la mer, Le gondolier nocturne, au retour de Vesper, D'un aviron léger bat la vague aplanie, Chante Renaud, Tancrède, et la belle Herminie. Il aime ses chansons, il chante sans désir. Sans gloire, sans projets, sans craindre l'avenir. Il chante, et, plein du dieu qui doucement l'anime. Sait égayer du moins sa route sur l'abîme. Comme lui, sans échos, je me plais à chanter; Et les vers inconnus que j'aime à méditer Adoucissent pour moi la route de la vie, Où de tant d'aquilons ma voile est poursuivie.

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