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ÉPODE II

Lui, grands dieux! courtisan menteur, De sa raison céleste abandonner le faîte.

Pour descendre à votre hauteur!

En lui-même affermi, comme l'antique athlète,

Sur le sol où son pied s'arrête, Il reste inébranlable à tout effort mortel, Et laisse avec dédain le vulgaire imbécile,

Toujours turbulent et serviie.

Flotter de maître en maître et d'autel en autel.

Un vulgaire assassin va chercher les ténèbres :

Il nie, il jure sur l'autel; Mais nous, grands, libres, fiers, à nos exploits Tunèbres,

A nos turpitudes célèbres, Nous voulons attacher un éclat immortel.

De l'oubli taciturne et de son onde noire

Nous savons détourner le cours.

Nous appelons sur nous l'éternelle mémoire;

Nos forfaits, notre unique histoire.

Parent de nos cités les brillants carrefours.

O gardes de Louis, sous les voûtes roj^ales

Par nos ménades déchirés. Vos têtes sur un fer ont, pour nos bacchanales,

Orné nos portes triomphales.

Et ces bronzes hideux, nos monuments sacrés.

Tout ce peuple hébété que nul remords ne touche,

Cruel même dans son repos.

Vient sourire aux succès de sa rage farouche,

Et, la soif encore à la bouche.

Ruminer tout le sang dont il a bu les flots.

Arts dignes de nos yeux! pompe et magnificence

Dignes de notre liberté.

Dignes des vils tyrans qui dévorent la France,

Dignes de l'atroce démence Du stupide David qu'autrefois j'ai chanté.

« Sa langue est un fer chaud; dans ses veines brûlée:

Serpentent des fleuves de fiel. »

J'ai douze ans, en secret, dans les doctes vallées,

Cueilli le poétique miel :

Je veux un jour ouvrir ma ruche tout entière;

Dans tous mes vers on pourra voir Si ma Muse naquit haineuse et meurtrière.

Frustré d'un amoureux espoir, Archiloque aux fureurs du belliqueux ïambe

Immole un beau-père menteur; Moi, ce n'est point au col d'un perfide Lycambe

Que j'apprête un lacet vengeur.

Ma foudre n'a jamais tonné pour mes injures.

La patrie allume ma voix; La paix seule aguerrit mes pieuses morsures.

Et mes fureurs servent les lois.

Contre les noirs Pythons et les hydres fangeuses,

Le feu, le fer, arment mes mains :

Extirper sans pitié ces bêtes venimeuses.

C'est donner la vie aux humains.

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