XXX ANDRE CHENIER
poésie, ce qui coupe court au roman dramatique des ïambes inachevés, du fragment brusquement interrompu par l'appel des condamnés. Il fut transféré le 6 à la Conciergerie sans que son père en fut averti. On lui communiqua , comme à tous les prévenus, l'acte collectif d'accusation avec sa phraséologie ordinaire. Koucher et Chéniery étaient particulièrement signalés comme écrivains « stipendiés par le tyran pour égarer et corrompre l'esprit public et préparer tous les crimes du despotisme et de la tyrannie », et «.pour s'être déclarés les ennemis du peuple, en participant à tous les crimes commis par le tyran, sa femme et sa famille,... en insultant les patriotes, en approuvant le massacre du Champ de Mars,... en écrivant contre la fête des Suisses de Châteauvieux^... contre la liberté et en faveur de la tyrannie,... enfin, en conspirant dans la maison d'arrêt de Saint-Lazare, à l'effet de s'évader , de dissoudre par le meurtre et par l'assassinat l'Assemblée des représentants du peuple^... et de rétablir la royauté en France... »
Chénier figurait /e 62^ et Koucher /e 61^ sur une liste cfe 82 noms, qui a été conservée avec plusieurs autres listes antérieures, allongées ou diminuées, au gré de la fureur ou de la vénalité des obscurs pourvoyeurs d'échafaud. La liste définitive fut revue par Fouquier-Tinville . Le 7 thermidor., à neuf heures du matin^ André comparaissait devant le tribunal avec vingt-sept autres accusés^ le soir, il était exécuté.
SA VIE ET SES POESIES
VT
Le lendemain, 8 thermidor, Marie-Joseph, lisant les journaux qui publiaient le bulletin des victimes de la veille, y vit le nom de son frère André. Il courut chez ses parents, et leur apprit la fatale nouvelle. M. de Chénier, foudroyé., désespéré, avoua ses dernières démarches. Il mourut quelques mois après. La rage et la douleur de Marie-Joseph ont laissé dans sa famille un souvenir durable : victime d'une calomnie qui a trop longtemps persisté, il se défendit par les nieilleurs vers qu'il ait écrits, et surtout par la tendresse persistante de sa mère. Le 9 thermidor, la Terreur prit fin : deux jours de plus, et André eût été libre.
Sa mort fut celle d'un homme politique, d'un \ journaliste et d'un orateur ardent , d'un citoyen courageux et fidèle à ses principes. Il avait écrit à Versailles, en 1793 : a Je veux qu'on dise un jour : Un nommé André Chénier fut un des cinq, ou six que ni la frénésie générale ni la crainte ne purent engager à ployer le genou devant des assassins couronnés ît à s'asseoir à la table où l'on boit le sang des hommes. » Quant au poète, il était à peine connu hors du cercle de sa famille et de ses amis décimés. Il