‹ Œuvres poétiquesChapitre 39 sur 121 · MÉDÉE · texte numérisé non relu

MÉDÉE

Au sang de ses enfants, de vengeance égarée,

Une mère plongea sa main dénaturée ;

Et l'amour, l'amour seul, avait conduit sa main.

Mère , tu fus impie, et l'amour inhumain.

Mère! amour! qui des deux eut plus de barbarie?

L'amour fut inhumain; mère, tu fus impie.

Plût aux dieux que la Thrace aux rameurs de Jason Eût fermé le Bosphore, orageuse prison; Que, Minerve abjurant leur fatale entreprise, Péiion n'eût jamais, au bord du bel Amphryse, Vu le chêne, le pin, ses plus antiques fils. Former, lancer aux flots, sous la main de Tiphys, Ce navire animé, fier conquérant du Phase, Qui sut ravir aux bois du menaçant Caucase L'or du bélier divin, présent de Néphélé, Téméraire nageur qui fit périr Hellé!

ÉPIGRAMMES 85

Ah ! prends un cœur humain, laboureur trop avide, Lorsque d'un pas tremblant findigence timide De tes larges moissons vient, le regard confus, Recueillir après toi les restes superflus. Souviens-toi que Cybèle est la mère commune; Laisse la probité que trahit la fortune. Comme l'oiseau du ciel, se nourrir à tes pieds De quelques grains épars sur la terre oubliés.

Fille du vieux pasteur, qui d'une main agile Le soir emplis de lait trente vases d'argile. Crains la génisse pourpre, au farouche regard. Qui marche toujours seule, et qui paît à l'écart. Libre, elle lutte et fuit intraitable et rebelle. Tu ne presseras point sa féconde mamelle, A moins qu'avec adresse un de ses pieds lié Sous un cuir souple et lent ne demeure plié.

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