A ABEL
A BEL, doux confident de mes jeunes mystères, Vois : mai nous a rendu nos courses solitaires. Viens à l'ombre écouter mes nouvelles amours; Viens. Tout aime au printemps, et moi j'aime toujours. Tant que du sombre hiver dura le froid empire, Tu sais si l'aquilon s'unit avec ma lyre. Ma Muse aux durs glaçons ne livre point ses pas; Délicate, elle tremble à l'aspect des frimas. Et près d'un pur foyer, cachée en sa retraite, Entend les vents mugir, et sa voix est muette. Mais, sitôt que Procné ramène les oiseaux.
Dès qu'au riant murmure et des bois et des eaux Les champs ont revêtu leur robe d'hyménée, A ses caprices vains sans crainte abandonnée, Elle renaît; sa voix a retrouvé des sons; Et, comme la cigale, amante des buissons, De rameaux en rameaux tour à tour reposée. D'un peu de fleur nourrie et d'un peu de rosée, S'égaye, et, des beaux jours prophète harmonieux, Aux chants du laboureur mêle son chant joyeux; Ainsi, courant partout sous les nouveaux ombrages, Je vais chantant Zéphyr, les nymphes, les bocages. Et les fleurs du printemps et leurs riches couleurs, Et mes belles amours, plus belles que les fleurs.
Jeune fille, ton cœur avec nous veut se taire. Tu fuis, tu ne ris plus; rien ne saurait te plaire. La soie à tes travaux offre en vain des couleurs; L'aiguille sous tes doigts n'anime plus des fleurs. Tu n'aimes qu'à rêver, muette, seule, errante, Et la rose pâlit sur ta bouche mourante. Ah! mon œil est savant et depuis plus d'un jour. Et ce n'est pas à moi qu'on peut cacher l'amour. Les belles font aimer; elles aiment. Les belles Nous charment tous. Heureux qui peutêtre aiméd'elles! Sois tendre, même faible (on doit l'être un moment), Fidèle, si tu peux. Mais conte-moi comment. Quel jeune homme auxyeuxbleus, empressé sansaudace, Auxcheveux noirs, au frontplein de charme etde grâce... Tu rougis? On dirait que je t'ai dit son nom.