LIVRE II — LYCORIS i3i
De l'antique sagesse admirateur tranquille,
Du mobile univers interrogeant la voix,
J"irai de la nature étudier les lois :
Par quelle main sur soi la terre suspendue
Voit mugir autour d'elle Ampliitrite étendue;
Quel Titan foudroyé respire avec effort
Des cavernes d'Etna la ruine et la mort;
Qiiel bras guide les cieux; à quel ordre enchaînée
Le soleil bienfaisant nous ramène l'année;
Quel signe aux ports lointains arrête l'étranger;
Quel autre sur la mer conduit le passager,
Quand sa patrie absente et longtemps appelée
Lui fait tenter l'Euripe et les flots de Malée;
Et quel, de l'abondance heureux avant-coureur.
Arme d'un aiguillon la main du laboureur.
Cependant jouissons; l'âge nous y convie.
Avant de la quitter, il faut user la vie :
Le moment d'être sage est voisin du tombeau.
Allons, jeune homme, allons, marche;prends ce flambeau, Marche, allons. Mène-moi chez ma belle maîtresse. J'ai pour elle aujourd'hui mille fois plus d'ivresse. Je veux que des baisers plus doux, plus dévorants, N'aient jamais vers le ciel tourné ses yeux mourants.
Ah! je les reconnais, et mon cœur se réveille.
O sons! ô douces voix chères à mon oreille!
O mes Muses, c'est vous, vous mon premier amour,
Vous qui m'avez aimé dès que j'ai vu le jour.
i32 ÉLÉGIES
Leurs bras, à mon berceau dérobant mon enfance,
Me portaient sous la grotte où Virgile eut naissance,
Où j'entendais le bois murmurer e% frémir,
Où leurs yeux dans les fleurs me regardaient dormir.
Ingrat! ô de l'amour trop coupable folie!
Souvent je les outrage et fuis et les oublie;
Et sitôt que mon cœur est en proie au chagrin,
Je les vois revenir le front doux et serein.
J'étais seul, je mourais. Seul, Lycoris absente
De soupçons inquiets m'agite et me tourmente.
Je vois tous ses appas, et je vois mes dangers;
Ah! je la vois livrée à des bras étrangers.
Elles viennent! leur voix, leur aspect me rassure :
Leur chant mélodieux adoucit ma blessure;
Je me fuis, je m'oublie, et mes esprits distraits
Se plaisent à les suivre et retrouvent la paix.
Par vous, Muses, par vous, franchissant les collines,
Soit que j'aime l'aspect des campagnes sabines,
Soit Catile ou Falerne et leurs riches coteaux.
Ou l'air de Blandusie et l'azur de ses eaux ;
Par vous de l'Anio j'admire le rivage,
Par vous de Tivoli le poétique ombrage,
lit de Bacchus, assis sous des antres profonds,
La nymphe et le satyre écoutant les chansons.
Par vous la rêverie errante, vagabonde,