Livre à d'autres baisers une infidèle main
Je suis là. C'est moi ^eul dont le transport soudain,
Agitant tes rideaux ou ta porte secrète,
Par un bruit imprévu t'épouvante et t'arrête.
C'est moi, remords jaloux, qui rappelle en ton cœur
Mon nom et tes serments et ma juste fureur.
Mais périsse l'amant que satisfait la crainte! Périsse la beauté qui m'aime par contrainte. Qui voit dans ses serments une pénible loi. Et n'a point de plaisir à me garder sa foi!
i34 ÉLÉGIES
Souvent le malheureux songe à quitter la vie :
L'espérance crédule à vivre le convie.
Le soldat sous la tente espère, avec la paix,
Le repos, les chansons, les danses, les banquets.
Gémissant sur le soc, le laboureur d'avance
Voit ses guérets chargés d'une heureuse abondance.
Moi, l'espérance amie est bien loin de mon cœur.
Tout se couvre à mes yeux d'un ^oile de langueur;
Des jours amers, des nuits plus amères encore.
Chaque instant est trempé du fiel qui me dévore;
Et je trouve partout mon âme et mes douleurs.
Le nom de Lycoris, et la honte et les pleurs.
Ingrate Lycoris ! à feindre accoutumée,
Avez-vous pu trahir qui vous a tant aimée?
Avez-vous pu trouver un passe-temps si doux
A déchirer un cœur qui n'adorait que vous?
Amis, pardonnez-lui; que jamais vos injures
N'osent lui reprocher ma mort et ses parjures :
Je ne veux point pour moi que son cœur soit blessé,
Ni que pour l'outrager mon nom soit prononcé.
Ces amis m'étaient chers; ils aimaient ma présence.
Je ne veux qu'être seul, je les fuis, les offense,
Ou bien, en me voyant, chacun avec effroi
Balance à me connaître et doute si c'est moi.
Est-ce là cet ami compagnon de leur joie,
A de jeunes désirs comme eux toujours en proie,
Jeune amant des festins, des vers, de la beauté?