‹ Œuvres poétiquesChapitre 73 sur 121 · LIVRE II — LYCORIS i · texte numérisé non relu

LIVRE II — LYCORIS i

Ce front pâle et mourant, d'ennuis inquiété,

Est celui d'un vieillard appesanti par l'âge,

Et qui déjà d'un pied touche au fatal rivage.

Sans doute, Lj'coris, oui, j'ai fini mon sort

Quand tu ne m'aimes plus et souhaites ma mort.

Amis, oui, j'ai vécu; ma course est terminée.

Chaque heure m'est un jour, chaque jour une année;

Les amants malheureux vieillissent en un jour.

Ah! n'éprouvez jamais les douleurs de l'amour:

Elles hâtent encor nos fuseaux si rapides;

Et, non moins que le temps, la tristesse a des rides.

Quoi, Gallus ! quoi! le sort, si près de ton berceau,

Ouvre à tes jeunes pas ce rapide tombeau?

Hélas ! mais quand j'aurai subi ma destinée,

Du Léthé bienfaisant la rive fortunée

Me prépare un asile et des ombrages verts :

Là, les danses, les jeux, les suaves concerts.

Et la fraîche naïade, en ses grottes de mousse,

S'écoulant sur des fleurs, mélancolique et douce.

Là, jamais la beauté ne pleure ses attraits :

Elle aime, elle est constante, elle ne ment jamais;

Là, tout choix est heureux, toute ardeur mutuelle,

Et tout plaisir durable, et tout serment fidèle.

Que dis-je? on aime alors sans trouble; et les amants.

Ignorant le parjure, ignorent les serments.

Venez me consoler, aimables héroïnes.

O Léthé! fais-moi voir leurs retraites divines;

Viens me verser la paix et l'oubli de mes maux.

Ensevelis au fond de tes dormantes eaux

Le nom de Lycoris, ma douleur, mes outrages.

Un jour peut-être aussi, sous tes riants bocages,

Lycoiis, quand ses yeux ne verront plus le jour, Reviendra tout en pleurs demander mon amour; Me dire que le Styx me la rend plus sincère, Qu'à moi seul désormais elle aura soin de plaire; Que cent fois, rappelant notre antique lien, Elle a vu que son cœur avait besoin du mien. Lycoris à mes yeux ne sera plus charmante : Pourtant... O Lycoris! ô trop funeste amante! Si tu. l'avais voulu, Gallus, plein de sa foi, Avec toi voulait vivre et mourir avec toi.

Ah! portons dans les bois ma triste inquiétude.

O Camille ! l'amour aime la solitude.

Ce qui n'est point Camille est un ennui pour moi.

Là, seul, celui qui t'aime est encore avec toi.

Que dis-je ? Ah! seul et loin d'une ingrate chérie.

Mon cœur sait se tromper. L'espoir, la rêverie,

La belle illusion, la rendent à mes feux.

Mais sensible, mais tendre, et comme je la veux :

De ses refus d'apprêt oubliant l'artifice,

Indulgente à l'amour, sans fierté, sans caprice,

De son sexe cruel n'ayant que les appas.

Je la feins quelquefois attachée à mes pas;

Je l'égaré et l'entraîne en des routes secrètes;

Absente, je la tiens en des grottes muettes...

Mais présente, à ses pieds m'attendent les rigueurs,

Et, pour des songes vains, de réelles douleurs.

Camille est un besoin dont rien ne me soulage;

Rien à mes yeux n'est beau que de sa seule image.

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