LIVRE II — CAMILLE h
Abel, dans ses hameaux il eût chanté Camille,
N'eût point cherché la palme au sommet d'Hélicon,
Et le glaive d'Énée eût épargné Didon.
Et c'est Glycère, amis, chez qui la table est prête?
Et la belle Amélie est aussi de la fête? : Et Rose, qui jamais ne lasse les désirs,
Et dont la danse molle aiguillonne aux plaisirs?
Et sa sœur aux accents de la voix la plus rare i Unira, dites-vous, les sons de la guitare? ! Et nous aurons Julie au rire étincelant, \ Au sein plus que l'albâtre et solide et brillant?
Certe, en pareille fête autrefois je l'ai vue,
Ses longs cheveux épars, courante, demi-nue :
En ses bruyantes nuits, Cithéron n'a jamais
Vu Ménade plus belle errer dans ses forêts.
J'y consens. Avec vous je suis prêt à m'y rendre.
Allons. Mais si Camille, ô dieux! vient à l'apprendre'
<^uel orage suivra ce banquet tant vanté.
S'il faut qu'à son oreille un mot en soit porté!
Oh! vous ne savez pas jusqu'où va son empire.
Si j'ai loué des yeux, une bouche, un sourire; I Ou si, près d'une belle assis en un repas, [I Nos lèvres en riant ont murmuré tout bas, ! Elle a tout vu. Bientôt cris, reproches, injure :
Un mot, un geste, "n rien, tout était un parjure.
c Chacun pour cette belle avait vu mes égards.
Je lui parlais des yeux, je cherchais ses regards. »
Et puis despleurs! des pleurs,... que Memnon sur sa cendre
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A sa mère immortelle en a moins fait répandre.
Que dis-je? sa vengeance ose en venir aux coups;
Elle me frappe. Et moi, je feins, dans mon courroux,
De la frapper aussi, mais d'une main légère,
Et je baise sa main impuissante et colère:
Car ses bras ne sont forts qu'aux amoureux exploits.
La fureur ne peut même aigrir sa douce voix.
Ah! je l'aime bien mieux injuste qu'indolente;
Sa colère me plaît et décèle une amante.
Si j'ai peur de la perdre, elle tremble à son tour;
Et la crainte linquiète est fîUe de l'amour.
L'assurance tranquille est d'un cœur insensible...
Loin! à mes ennemis une amante paisible;
Moi, je hais le repos. Quel que soit mon effroi
De voir de si beaux yeux irrités contre moi,
Je me plais à nourrir de communes alarmes.
Je veux pleurer moi-même, ou voir couler ses larme^
Accuser un outrage ou calmer un soupçon,
Et toujours pardonner ou demander pardon.
Mais quels éclats, amis? C'est la voix de Julie : Entrons. Oh! quelle nuit! joie, ivresse, folie! Que de seins envahis et mollement pressés! Malgré de vains efforts, que d'appas caressés ! Que de charmes divins forcés dans leur retraite ! Il faut que de la Seine, au cri de notre fête, Le flot résonne au loin, de nos jeux égayé, Et qu'en son lit voisin le marchand éveillé, Ecoutant nos plaisirs d'une oreille jalouse. Redouble ses baisers à sa trop jeune épouse.