LIVRE III — FANNY
Oui, quoique meilleure et plus belle.
Toi-même, cependant, tu n'es qu'une mortelle; Je le vois. Mais, du ciel, toi, l'orgueil et l'amour, Tes beaux ans sont sacrés. Ton âme et ton visage
Sont des dieux la divine image, j Et le Ciel s'applaudit de t'avoir mise au jour.
Le Ciel t'a vue en tes prairies Oublier tes loisirs, tes lentes rêveries, 1 Et tes dons et tes soins chercher les malheureux, ' Tes délicates mains à leurs lèvres amères
Présenter des sucs salutaires, }\ Ou presser d'un lin pur leurs membres douloureux.
Souffrances que je leur envie !
H Qu'ils eurent de bonheur de trembler pour leur vie. Puisqu'ils virent sur eux tes regrets caressants, Et leur toit rayonner de ta douce présence,
Et la bonté, la complaisa*nce.
Attendrir tes discours, plus chers que tes présents!
Près de leur lit, dans leur chaumière.
Ils crurent voir descendre un ange de lumière, Qui des ombres de mort dégageait leur flambeau; Leurscœursétaientémus, comme, auxyeux de laGrèce,
La victime qu'une déesse Vint ravir à l'Aulide, à Calchas, au tombeau.
Ah ! si des douleurs étrangères D'une larme si noble humectent tes paupières Et te font des destins accuser la rigueur. Ceux qui souffrent pour toi, tu les plaindras peut-être;
Et des douleurs que tu fais naître Ont-elles moins le droit d'intéresser ton cœur?
Troie, antique honneur de l'Asie, Vit le prince expirant des guerriers de Mysie D'un vainqueur généreux éprouver les bienfaits. D'Achille désarmé la main amie et sûre
Toucha sa mortelle blessure, Et soulagea les maux qu'elle-même avait faits.
A tous les instants rappelée, Ta vue apaise ainsi l'âme qu'elle a troublée. Fanny, pour moi ta vue est la clarté des cieux; Vivre est te regarder, et t'aimer, te le dire;
Et, quand tu daignes me sourire.
Le lit de Vénus même est sans prix à mes yeux.