II, XII
SONNET D'URSACE
Sur un adieu
J'estois, pour mon malheur, prest à partir des lieux, Où, dansle sein d'autruy je me laissay moy-mesme, Lors que, plein de regret, en mes derniers adieux, J'alois contre l'Amour proférant ce blasphème :
« Doncques, cruel Amour, si tu fais qu'elle m'ayme Et que je l'ayme aussi cent fois plus que mes yeux, C'est seulement afin qu'un regret plus extrême Nous blesse l'un et l'autre et nous offense mieux I »
Mais quand je pris congé : « Souvien-toy, me dit-elle, De revenir bien tost et de m'estre fidelle ». O tourment bien heureux guery si doucement 1
Content en mon malheur, je fus contraint de dire :
« Je cognois qu'on peut estre heureux mesme au tournent
Et que le bien d'Amour surpasse son martyre ».