‹ Œuvres poétiques choisies et précédées d'une introduction (volume 2)Chapitre 18 sur 50 · II, VIII · texte numérisé non relu

II, VIII

SONNET D'HYLAS

Qu'il ne faut point aimer sans estre aimé

Quand je vois un Amant transi Qui languit d'une amour extrême, L'œil triste, et le visage blesme, Portant cent plis sur le sourcy ;

Quand je le vois plein de soucy,

Qui meurt d'Amour sans que l'on l'aime,

Je dis aussi-tost en moy-mcsme :

€ C'est un grand sot d'aimer ainsi ».

Il faut aimer, mais que la belle Brusle pour qui brusle pour elle, Ou bien c'est pure lascheté.

L'Amour de l'Amour est extraicte ; La charge n'est jamais bien faicte, Qui panche toute d'un costé.

II, ix.

SONNET D'URSACE

5 V/ doit mourir ou vivre

\Aon esprit combatu diversement chancelle :

Dois-je vivre ou mourir, parmy tantde malheurs? Si je vis, hé comment souffrir tant de douleurs ? Si je meurs, hé comment estre à jamais sans elle >

En mourant, je n'auray que l'espine cruelle Dont Amour, si souvent, m'a tant promis de fleurs. En vivant, je seray tousjours noyé des pleurs, Que mon cuisant regret sans cesse renouvelle.

Pour tromper tant de maux, mon cœur, que ferons-nous? Vivons ! La vie en fin est agréable à tous. Mourons ! Douce est la mort dont l'ame est soulagée.

En quel cruel estât m'ont réduit mes ennuis, Puis que, ny vif ny mort, la misère où je suis, —Tant mon desastre est grand ! — ne peut estre allégée

II, x.

mtnmmmmmmmmmm

SONNET D'URSACE

D'une mouscbe sur les lèvres de sa Dame endormie

cependant que ma Dame à l'ombre se repose, ^ Et trompe du Soleil la trop aspre chaleur, Un petit animal, volant de [fleur en fleur, Les douceurs va cherchant dont le miel se compose.

De fortune, sa lèvre, estant à moitié close, La fleur representoit la plus vive en couleur, Lors que cet animal, la voyant par malheur, Y vole, et la sucçant pensa succer la rose.

Ah ! trop sage au faillir, trop heureux à l'oser,

Puis qu'à [ton] hardiesse on n'a sceu refuser

Ce qu'on nie aux désirs dont mon ame s'allume !

Mais ceste mousche, Amour, ravit tout nostre bien. Que nous reste-t'il plus, puis qu'elle a rendu sien Le miel dont s'addoucit toute nostre amertume ?

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