‹ Œuvres poétiques choisies et précédées d'une introduction (volume 2)Chapitre 21 sur 50 · STANCES D'HYLAS · texte numérisé non relu

STANCES D'HYLAS

De son humeur inconstante

Je le confesse bien, Philis est assez belle Pour brusler qui le veut ; Mais que, pour tout cela, je ne sois que pour elle, Certes il ne se peut.

Lors qu'elle me surprit, mon humeur en fut cause,

Et non pas sa beauté ; Ores qu'elle me perd, ce n'est pour autre chose

Que pour ma volonté.

J'honore sa vertu, j'estime son mérite

Et tout ce qu'elle fait ; Mais veut-elle sçavoir d'où vient que je la quitte >

C'est parce qu'il me plait.

Chacun doit préférer, au moins s'il est bien sage,

Son propre bien à tous ; Je vous ayme, il est vray, je m'ayme davantage :

Si faites-vous bien, vous.

Bergers, si dans vos cœurs ne regnoit la feintise,

Vous en diriez autant ; Mais j'ayme beaucoup mieux conserver ma franchise

Et me dire inconstant.

Qu'elle n'accuse donc sa beauté d'impuissance,

Ny moy d'estre léger :

Je change, il est certain; mais c'est grande prudence

De sçavoir bien changer.

Pour estre sage aussi, qu'elle en fasse de mesme :

Esgale en soit la loy.

Que s'il faut, par destin, que la pouvrette m'ayme,

Qu'elle m'ayme sans moy !

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