MASCARADE
Amour, aux Dames
Je suis Amour, cet enfant Qui commande à toute chose, Et qui, de tous triomphant, De tous à mon gré dispose :
La jeunesse, les apas, Et les âmes sans malices, Le ris, le jeu, les esbas Sont mes plus chères délices.
Enfant, j'aime les enfans, — Chacun aime ses semblables, — Et des vieux je me defens, Comme d'Amour incapables :
Où sont aiguisez mes dards, Où sont mes flammes esprises, Qu'entre les enfans mignards Et leurs jeunes mignardises ?
Aussi, j'ayme la beauté, Qui, comme nouvelle rose, Sous les rayons de l'Esté N'est encore bien esclose :
Et tiens pour un grand malheur D'aimer longtemps une belle ; Car, plus que la vieille fleur, J'ayme l'espine nouvelle.
Qui veut donc suivre l'Amour, Aymé une tendre jeunesse ; Qu'il change de jour en jour, Pour tousjours d'une maistresse Ne rallumer le tison Que mes loix veulent qui meure '• Amour est vieux et grison, Quand il dure plus d'une heure.
Mais je ne sçay toutesfois Quelle est l'erreur estrangere, Qui, meslant parmy mes loix Sa doctrine mensongère, Vient enseigner à l'Amant Une nouvelle science,