DU CHEVALIER TRAHI PAR SA MAITRESSE
En se plaignant de sa Dame, il tes blasme toutes
P^lle a changé mon feu, la volage qu'elle est, *-' Pour une moindre flamme,
Pour faire voir à tous qu'elle est femme en effet, Et que c'est qu'une femme.
Mais devois-je prétendre en cet esprit léger
Amour moins passagère ?
Car puis qu'elle estoit femme, il faloit bien juger
Qu'elle seroit légère.
L'onde est moins agitée, et moins léger le vent,
Moins volage la flamme Moins prompt est le penser que l'on va concevant
Que le cœur d'une femme.
Ah! je ne me plains pas de me voir offenser
Ny qu'elle se retire; Mais qu'estant une femme, il faloit bien penser
Qu'encore elle estoit pire.
Dieux ! quel fut le péché que l'homme avoit commis
Quand on fit la Pandore?
Pour certain il fut grand, puis que ses ennemis
Vous faictes qu'il adore.
Notre fier ennemi, ce sexe avec raison,
O Dieux, se peut bien dire, Si, nous faisant languir et mourir en prison,
Il ne [faict] que s'en rire.
Il se moque de voir que l'homme, qui se dit
Avoir tant de courage, Languissant en prison, n'a le cœur ny l'esprit
De sortir du servage.
Il se moque de voir que l'homme, qui çà bas
Par raison est le maistre, Aymé mieux vainement l'adorer, que non pas
Estre ce qu'il doit estre.
Cruelle engeance, helas I le Ciel pour nostre ennuy
T'a de beauté pourveuë, Puis que tu ne t'en sers qu'au malheur de celuy
Qui, peu sage, t'a veuë.