‹ Œuvres poétiques choisies et précédées d'une introduction (volume 2)Chapitre 25 sur 50 · DU CHEVALIER TRAHI PAR SA MAITRESSE · texte numérisé non relu

DU CHEVALIER TRAHI PAR SA MAITRESSE

En se plaignant de sa Dame, il tes blasme toutes

P^lle a changé mon feu, la volage qu'elle est, *-' Pour une moindre flamme,

Pour faire voir à tous qu'elle est femme en effet, Et que c'est qu'une femme.

Mais devois-je prétendre en cet esprit léger

Amour moins passagère ?

Car puis qu'elle estoit femme, il faloit bien juger

Qu'elle seroit légère.

L'onde est moins agitée, et moins léger le vent,

Moins volage la flamme Moins prompt est le penser que l'on va concevant

Que le cœur d'une femme.

Ah! je ne me plains pas de me voir offenser

Ny qu'elle se retire; Mais qu'estant une femme, il faloit bien penser

Qu'encore elle estoit pire.

Dieux ! quel fut le péché que l'homme avoit commis

Quand on fit la Pandore?

Pour certain il fut grand, puis que ses ennemis

Vous faictes qu'il adore.

Notre fier ennemi, ce sexe avec raison,

O Dieux, se peut bien dire, Si, nous faisant languir et mourir en prison,

Il ne [faict] que s'en rire.

Il se moque de voir que l'homme, qui se dit

Avoir tant de courage, Languissant en prison, n'a le cœur ny l'esprit

De sortir du servage.

Il se moque de voir que l'homme, qui çà bas

Par raison est le maistre, Aymé mieux vainement l'adorer, que non pas

Estre ce qu'il doit estre.

Cruelle engeance, helas I le Ciel pour nostre ennuy

T'a de beauté pourveuë, Puis que tu ne t'en sers qu'au malheur de celuy

Qui, peu sage, t'a veuë.

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