DIALOGUE
d'hylas et de sylvandre
HTLAS
jljë on amour es£ un feu ; son ardeur luy demeure * * [Autant] qu'il trouve object propre à l'entretenir. L'object, c'est mon plaisir : qui ne voudra qu'il meure, Que mon plaisir jamais il ne laisse finir.
SYLVANDRE
Mon amour est un feu ; son ardeur luy demeure [Autant] qu'il trouve object propre à l'entretenir. L'object, c'est la vertu : que la vertu ne meure, Et jamais mon amour on ne verra finir.
HYLAS
Quand j'aime, en mon amour je suis du tout extrême
Et voila : cet amour ne dure longuement.
Mais la raison le veut : tout excez véhément
Ne peut durer long-temps sans se changer soy-mesme.
SYLVANDRE
Quand j'aime, en mon amour je suis du tout extrém e
Et voila : cet amour dure éternellement.
Car la perfection ne craint le changement :
Plus l'Amant est parfait, plus ardamment il aime.
HYLAS
Fy de ces amitiez si longuement gardées ! Est-il rien de plus doux qu'une jeune beauté? Mais qu'a l'Amant vieilly dedans sa loyauté, Que des rances amours, que des beautez ridées ?
SYLVANDRE
Fy de ces amitiez mortes plus tost que nées! Est-il rien de plus doux qu'une constante amour? Si l'amour est un bien, qui n'en jouyst qu'un jour Le doit bien regretter par des siècles d'années.
HYLAS
Mais voyez ces Amans que l'on nomme fidèles I Ne sont-ce point plustost des esprits hebetez? Esprits sans point d'esprit, qui ne sont arrestez Que pour n'oser voler ou pour n'avoir des aisles.
STLVANDRE
Mais voyez ces Amans que l'on nomme infidèles I Esprits qui, faits de plume, au vent sont emportez. Pourquoy les diroit-on, volans de tous costez, Estre plustost Amans que non pas yrondelles ?
HYLAS
Quelle beauté voit-on en ces roses fanées, En ces œillets flestris par la longueur du temps > Quels plaisirs donneront, quels tristes passe-temps, N'estans plus de saison, ces beautez surannées ?
SYLVANDRE
Et comment les douceurs seront-elles goustées, Deces fruicts qui, trop verds,n'ontgoust ny sentiment? Et quels plaisirs aussi donneront à l'Amant Ces trop vertes beautez qui semblent avortées ?
HYLAS
Le temps consomme tout, rend la beauté moins belle ; Et n'est-ce estre imprudent d'amoindrir ses plaisirs? Il faut doncques changer à tous coups nos désirs, Pour jouyr à tous coups d'une beauté nouvelle.
OEUVRES PQSTIQUES CHOISIES 8l
STLVANDRE
Le temps [rend] à la fin toute chose mieux faite : Qu'est-ce qui n'a, naissant, quelque imperfection? Il faut donc demeurer en mesme affection, Si nous voulons avoir une amitié parfaite.
HTLAS
Quoy que ce soit, en moy ne fais point ta retraicte,
O sotte loyauté, qui nous [vas] décevant.
Si j'ayme, mon amour ressemblera le vent
Qui vit tant qu'il se meust, et meurt quand il s'arreste.
STLVANDRE
Au contraire, en mon cœur, viens, selon ta coutume, O foy, l'heur et l'honneur d'un véritable amant. J'estime enfin l'amour, comme le diamant, D'autant plus qu'il ne craint les marteaux ny l'enclume.
III, v.
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STANCES