IV. m
tTTVtttTttttTVtttttYTttttTTTtttt
SONNET DE T1R1NTE
-r\ ochers, qui des saisons le pouvoir surmontez J * Et des siècles plus longs ne sentez point l'outrage, Qui pouvez avoir veu, durant un si long âge, De Nature et de l'Art les plus rares beautez ;
Glaçons, par tant d'Hy vers l'un sur l'autre adjoustez, Sans que l'onde s'y puisse entrouvrir un passage Et de qui la froideur jamais ne se soulage Ny des Soleils plus longs s'y des plus chauds Estez;
Sources, de qui les eaux s'escoulent vagabondes Et par qui, sans jamais voir amoindrir leurs ondes, Les Fleuves les plus grands sont rendus glorieux.
Vistes vous oncq, Rochers, rien plus beau que ma
[Dame ?
Glaçons, esgalez-vous vos froideurs à son ame ? Et vous, Sources, vos eaux aux larmes de mes yeux ?
IV, ii.
nnnnnnnnnnnnnnnn
SONNET DALCANDRE
11 a plus d'amour qu'elle n'a de cruauté
7V\ais, mon Dieu, que je l'ayme ! Et, mon Dieu, que
[de peine Je supporte, en aymant sa cruelle beauté ! Fust-il jamais Amour plus plein de loyauté ? Fust-il jamais, o Dieu, beauté plus inhumaine >
Plus je vais l'adorant, d'une âme toute pleine Et d'amour et de feux, et plus sa cruauté Augmente sa rigueur par quelque nouveauté, Comme si l'adorer faisoit naistre sa haine.
Dieu ! que nefay-je point pour surmonter son cœur ? Que ne fait-elle aussi, pour montrer sa rigueur Qu'égale à mon amour elle voudroit bien rendre ?
Mais, cruelle beauté 1 vous n'y parviendrez pas : Votre rigueur n'ira que jusqu'à mon trespas, Et mon amour encor bruslera dans ma cendre.
IV, v.
SONNET D'AMI LCAR
Qu'il ne faut aymer que pour aymer
f\a me va reprochant que souffrir tel outrage, ^* C'est estre sans esprit ou sans nul sentiment, Et qu'il faut bien aymer, mais qu'il faut que l'Amant Retienne avec l'amour quelque peu de courage.
Que d'endurer ainsi, c'est plustost tesmoignage D'un esprit abbatu que d'amour véhément ; Qu'il se faut bien donner, mais non pas tellement Qu'en fin ce don ne change en un cruel servage.
Offensé, je responds : « Ces maximes de Cour Que, deceus, vous tenez pour maxime d'Amour Montrent vos passions estre bien imparfaites.
Il faut pour bien aymer, aymer ainsi que moy, N'aimer que pour aimer, tout d'amour et de foy ; Et c'est trahir Amour, d'aimer comme vous faites ».
IV, v.
SONNET DE THOMANTES
Il ignore son mal
TkM on Dieu ! quel est le mal dont je suis tourmenté }
Je languis et je meurs ; et toutefois j'ignore Quel peut être le nom du mal qui me dévore. N'est-ce point, o mon cœur, trop grande lascheté ?
Un vouloir estranger m'oste ma volonté, Un oeil ravit mon cœur, et je ne puis encore, Plus j'en ressens du mal, que plus je ne l'adore, Chérissant ma prison plus que ma liberté.
Quelquefois, je me plais en ce qui me tourmente ; Quelquefois, je me plains de ce qui me contente. Depuis que je la vis, tout mon bien s'envola:
Depuis que je la vis, tout me fut agréable.
Je me plais, je m'ennuye en un objet semblable.
Je sçay que j'ay ce mal ; mais qu'est-ce que cela ?
IV, vi.
STANCES DE THOMANTES
Qui se croit trahi par Delphire
jy quel mal désormais puis-je estre réservé, ■**Puis que je ne meurs pas d'une si grande offence > Quel Amant a jamais tant d'outrage esprouvé Sans mourir de douleur ou perdre patience ?
J'avois creu jusqu'icy, quand j'estois mal traitté, Qu'elle ne cognoissoit l'amour ny mon service, Et l'allois excusant en cette cruauté, Comme un cœur innocent, qui fait mal sans malice,
Il me sembloit de voir qu'elle tenoit chacun, D'un dessein sans dessein, dedans l'indifférence ; Et je me consolois par le malheur commun, Attendant que le temps meurit sa cognoissance.
Lors que sa cruauté m'outreperçoit le cœur, (Cruauté pour tout autre à souffrir impossible), Je ne me plaignois pas des traits de sa rigueur, Mais que son aage encor la rendoit insensible.