STANCES D'ALCANDRE
Qu'il n'ose dire son mat
•p^URE et severe loy, qui couvres du silence
La peine que je sens, Permets qu'au moins ma voix rompe ton ordonnance
En mes derniers accents.
Je voy que le laurier, lors que le feu le touche, Se plaint dans la chaleur;
Et que n'est-il permis aussi bien à ma bouche De dire ma douleur ?
Dans le Taureau d'airain, la mesme tyrannie
Se pleust bien autrefois D'ouyr plaindre et gémir, mais à moy l'on desnie
L'usage de la voix.
Souvent, je me resous d'une longue harangue D'attendrir mon vainqueur;
Maisquoy ! ces mesmes yeux me retiennent la langue Qui me prirent le cœur.
Soudain que je la vois, le respect ordinaire
S'oppose devant moy, Et me dit que l'Amant doit brusler et se taire
Pour preuve de sa foy.
Taisons nous donc,mon cœur,et rendons tesmoignage, Quand nous devrions mourir,
Que nous avons assez d'amour et de courage Pour aymer et souffrir: