‹ Œuvres poétiques choisies et précédées d'une introduction (volume 2)Chapitre 47 sur 50 · STANCES DE LUC1ND0R · texte numérisé non relu

STANCES DE LUC1ND0R

St/r /e départ de Tlorice

« O oudain qu'elle s'en va, que ce lieu me desplait ! Je n'y remarque rien qui ne me semble laid Plus que je ne puis dire; Ces superbes Palais, le séjour de nos Dieux, Ces jardins d'Orangers que la Nature admire Desplaisent à mes yeux.

Lors, confus de les voir et plein d'estonnement :

t D'où vient, leur dis-je, helas ! un si grand changement ?

Et qui nous l'a ravie,

Ceste chère beauté que je regrette icy ?

Qui l'a ravie, helas ! puisqu'elle estoit ma vie,

Sans me ravir aussi ?

Jardins délicieux, o superbes Palais, Orangers parfumez, ombrages tousjours frais,

Séjour plain de délices, Non, vous n'estes plus tels que vous estiez jadis : Vous estes maintenant un enfer de supplices,

Au lieu d'un Paradis 1

Ces marbres arrogants et ces lambris dorez Desquels, o grands Palais, vous estes honorez

Tesmoignent vostre perte :

Leur esclat est terny, comme portant le dueil De vous voir maintenant une maison déserte

En perdant ce bel oeil.

Ces parteres fleuris et ces grands Orangers, L'honneur de ces jardins et de ces beaux vergers,

De tristesse languissent ; Et semble, un tel Soleil s'esloignant de ces lieux, Qu'il faille qu'à l'instant leurs beautez se flétrissent,

Qu'ils perdent ces beaux yeux.

Que faut-il donc, helas ! que nous fassions icy ? Imitons, o mon cœur, imitons le Soucy,

Le Soucy qui se tourne, Amoureux du Soleil, comme tournent ses pas : Cette plante fait honte à l'Amant qui séjourne

Où son amour n'est pas ».

Ainsi dit Lucindor, absent de ces beaux yeux, Lorsqu'apres leur départ il regardoit les lieux

Qui furent leur demeure.

Mais enfin : « Ces regrets sont, dit-il, superflus : Si sa veuë est ma vie, il faut bien que je meure

Quand je ne la vois plus a.

IV, ix.

SONNET DALCANDRE J{ien ne peut le retarder

Touchers, qui supportez le Ciel et ses flambeaux,

Ainsi que des Atlas, dessus vos testes nues, Qui voyez, dessous vous, troupe à troupe, les Nues Comme voile s'estendre à l'entour des coutaux ;

Torrens impétueux qui tumbez à grands saults Des sommets eslevez de ces pointes chenues ; Effroyables valons ; vous, glaces, incognues En vos recoins gelez aux Soleils les plus chauds ;

Vent, qui, depuis trois jours, renforçant tes haleines, Semblés estre complice en mes cruelles peines : Vous travaillez en vain pour retarder mes pas.

Le sujet est si beau, qui cause mon voyage, Que, si parmy l'Enfer s'adressoit mon passage, L'Enfer ny ses horreurs ne m'arresteroient pas ?

IV, ix.

SONNET D'ALCANDRE Pour un retour

1 cy jadis je me laissay moy-mesme ; Icy les Dieux ont escouté mes cris :

A mes clameurs ils se sont attendris, Me r'appellant près de ctlle que j'ayme.

Espérons tout en leur bonté suprême,

Puis qu'ils n'ont eu ma prière à mespris,

Et que par moy, tout Amant soit appris

Que d'un grand mal peut naistre un bien extrême.

Mais est-il vray ? suis-je bien de retour ? Ou n'est-ce point quelque songe d'Amour Qui d'un bien faux contente mon envie ?

Ah ! si je dors, dormons tousjours ainsi ; Et si je veille, Amour, toute ma vie Sans clorre l'œil, fay moy dormir aussi.

IV, ix.

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