SONNET DE LUC1NDOR
Elle s'en retourne
P^lle est partie, Amour, aussi-tost que venue ;
La voir, ne la voir plus, n'est qu'une mesme mo- Ainsi passe l'esclair au travers de la nuë [ment :
Qui s'esteint aussi-tost qu'il a commencement.
Est-ce ainsi, mes espoirs, que le Ciel vous dément ? Est-ce ainsi que, trompeur, nostre heur il diminue ? A peine ay-je de luy ma requeste obtenue Qu'il m'en ravit l'effect, presque aussi promptement.
Ou ne revenez plus, ou qu'un second voyage Ne nous prive si tost de vostre beau visage : La nuit est plus obscure après un si beau jour.
Mais non, non, revenez ! Amour vous y convie, Et, quand d'un jour tout seul seroit vostre séjour, J'aimerois mieux ce jour que tous ceux de ma vie !
IV, ix.
STANCES DE L1GDAMON
11 s 'ennuyé de ne voir celle qu'il ayme
KA aïs à quoy nous servent les yeux
En ces lieux, Où le beau Soleil que j'adore, Caché d'une éternelle nuit,
Ne reluit Ny ne daigne suivre l'Aurore ?
Je hay l'Aurore et sa clarté,
Despité Qu'elle soit du jour messagère, Et, pour moy seulement, des nuits,
Car je suis Tousjours privé de ma lumière.
Loin des bras de son vieux Titon,
Ce dit-on, Elle s'enfuit d'un soin extrême ; Dy moy, belle Nymphe, pourquoy,
Comme toy, Mon Soleil n'en fait-il de mesme ?
En vain, tu vas cueillant les fleurs,
Que tes pleurs Rendent belles à tout le monde, En sortant de ton beau séjour,
Si mon jour Apres toy ne sort point de l'onde.
Je veux que mes yeux désormais,
Pour jamais D'y voir plus perdent toute envie.
Que verroient-ils doresnavant,
Ne pouvant Voir le beau Soleil de Sylvie ?
Soyez doncques, pour mon repos
Tousjours clos.
Mon regret se rend plus extrême, Quand quelqu'autre objet j'apperçoy
Prés de moy, N'y voyant pas celle que j'ayme.
IV, xi.