‹ Œuvres poétiques choisies et précédées d'une introductionChapitre 27 sur 89 · NOTICE BIOGRAPHIQUE XLI · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE XLI

ment le passage où Th. Sibilet confondait le nom d'Héroet parmi tous ceux de ses contemporains, et l'on comprendra qu'Héroet n'a pas eu à se plaindre des novateurs : un auteur ' le cite avec honneur auprès de Ronsard ; si la renommée d'Héroet a été moins éclatante, elle n'a pas été moins solide ; l'auteur de la Parfaicte Atnye eut cette rare fortune de voir son œuvre consacrée par l'admiration de deux générations littéraires, entre lesquelles il établit un lien et qu'il a contribué à réconcilier.

Héroet avait mis dans cette œuvre toute la substance de sa pensée. Dès lors, il s'abstint de composer des vers ; à la demande de Charles de Sainte-Marthe, il écrivit seulement une courte épitaphe de Marguerite de Navarre. On voit par un acte de donation du 28 mars 1543 % fait en sa faveur par son frère Nicolas, qu'Héroet était dès cette époque entré dans la vie ecclésiastique ; il était alors « abbé de l'abbaye de Notre-Dame de Cercanceaux ». C'est peut-être ce qui l'avait détourné de la poésie : du moins il ne renonça pas à la philosophie et aux lettres.

Son parent François Olivier, après avoir exercé la charge de président au Parlement de Paris et de garde des sceaux, était devenu chancelier de France le 18 mai 1545 3. Il n'était pas moins célèbre par son culte pour la littérature que par l'intégrité de son caractère et la sévérité de ses mœurs. Un de ses oncles, Jean Olivier, qui était évêque d'Angers, homme « sçavant et de grande érudition », dit Scévole de Sainte-Marthe, avait

1. Françoys de Billon, qui fut secrétaire de Guillaume du Bellay, écrit dans son rort inexpugnable de l'honneur du sexe féminin, Paris, Jan d'AIlyer, 1555, f. 29 v° : « Heroel {sic) dit La Maison Neuve, qui du Poète philosoficque a le nom, non sans mérite. Puis y a Ronsart, le Pindare Françoys, de toute gravité revêtu... »

2. Voir dans la Collection de l'histoire générale de Paris VInventatre des registres des insinuations du Châtelet de Paris {règnes de François I" et Henri II), par MM. Campardon et Tuetey. — N" 977 : « Nicolas Hérouet, demeurant à Carrières sous Bois : donation à Antoine Hérouet, abbé de l'abbaye de Notre-Dame de Cercanceaux, son frère, de ses droits sur une maison à Paris, Vieille rue du Temple, et sur la maison de Carrières sous Bois qu'il habite, dite la Maison Neuve, avec terres et vignes. » Cette abbaye de N.-D. de Cercanceaux se trouvait dans la commune de Souppes, canton de Château-Landon, Seine-et-Marne.

3. Voir le Catalogue d:s actes de François I", t. IV, p. 741.

XLII NOTICE BIOGRAPHiaUE

composé en latin un « docte poëme » appelé Pandora '. François Olivier avait lui-même écrit un Traité de la préparation de Vdme pour prier Dieu, un Commentaire sur V Oraison dominicale, et une Introduction de sapience. Il semble même avoir exercé une certaine influence littéraire et joué le rôle d'un Mécène*. Quand il n'était encore que chancelier d'Alençon, Bonaventure des Périers lui adressa quelques vers pour solliciter une aumône '. Devenu chancelier de France, Fr. Olivier se plut à grouper autour de lui des savants et des poètes : il témoigna une grande faveur à Turnèbe + entre autres et à Louis Le Roy 5 ; Héroet trouvait là une compagnie à son goût. Dans son Sympose (Paris, Jehan Longis, 1558), Louis Le Roy, citant un passage de VAndrogyne d'Héroet, écrit : « J'adjousteray une poésie que feit autrefois au propos de l'Androgine Mess. Anthoine Heroet, à présent evesque de Digne, et l'adressa au feu Roy François père des bonnes lettres, et ce pour donner quelque récréation aux lecteurs. Je reciteray voluntiers ceste composition tant pour son élégance, aussi pour réduire en mémoire l'amytié et familiarité que j'ay eue avec l'autheur, cependant que suivois en court Monsieur le Chancelier Olivier, personnage très sage et très scavant avec lequel il estoit ordinairement... » Il n'est pas téméraire de supposer qu' Héroet

1. Sur Jean Olivier, mort le 12 avril 1540, voir La Croix du Maine, I, 563.

2. Ce rôle n'a jamais été éclairci, et l'histoire même du chancelier Fr. Olivier, né à Paris en 1487 et mort à Amboise en mars 1560, reste à écrire. — Hilaire Courtois, avocat, composa une poésie à sa louange: la Publication de l'Estat de Chancelier, Paris, N. Buffet, 1545 ; Ch. Dumoulin lui dédia son Tractatus cotnmerciorum et usurarum, 1546; Ch. Fontaine lui a consacré une courte épigramme (Lyon, iSSy), et Jacques de La Taille une anagramme. Son oraison funèbre fut prononcée par Daniel d'Auge, lecteur du Roy en Grec à l'Université de Paris (Paris, Benoist Prévost, 1560), et par Claude Despence (Paris, Michel Vascosan, 1560). Voir encore la notice de Scévole de Sainte-Marthe, Elogia, trad. par G. Colletet, p. 130; de Thou, Hist. liv. III et XXV; Blanchard, Eloges de tous les premiers presidens au Parlement de Paris, Paris, 1645, p. 185 ; et Duchesne, Histoire des chanceliers, Paris, 1680, pp. 606 et 630,

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