Ëdit. Chamard, p
XL NOTICE BIOGRAPHiaUE
que du Bellay désigne l'auteur de la Parfaicte Amye : « L'autre, outre sa ryme, qui n'est par tout bien riche, est tant dénué de tous ces délices et oraementz poétiques, qu'il mérite plus le nom de phylosophe que de poëte '. » Dans le poème d'Héroet, la forme n'est pas en effet aussi savante que le fond ; en particulier, la versification garde quelque chose d'archaïque. La langue est simple et dépourvue de tout ornement : point d'expressions ni de formations imprévues ou cherchées ; la « parfaicte araye » se fait une coquetterie de s'exprimer sans art ; si elle atteint à l'éloquence, c'est plutôt par le ton même et le mouvement du style que par le choix des mots. Elle parle une belle langue oratoire, précise et ferme ; c'est le relief et l'éclat qui lui manquent le plus. Ce style a même de la grâce : le futur poète des Regrets n'a pu être insensible au charme délicat et mélancolique qui fait la beauté de plusieurs passages du poème. Mais puisque la Pléiade s'était donné pour tâche d'enrichir « nostre vulgaire », elle trouvait dans l'œuvre d'Héroet de quoi justifier son entreprise. La Deffence est moins un livre de critique qu'un manifeste : du Bellay ne cherche pas à ébranler les réputations les mieux établies ; il veut détourner les jeunes poètes d'une imitation stérile, en assignant à leurs efforts un idéal au-dessus même des oeuvres les meilleures. Dès lors, loin de rien enlever à ses éloges, ses réserves si légitimes y ajoutent au contraire, en montrant le cas qu'il faisait et qu'on faisait autour de lui du poème d'Héroet.
Elles parurent pourtant trop sévères à quelques poètes de la Pléiade; n'est-ce pas en effet le jugement de du Bellay que Jacques Peletier du Mans vise dans cet éloge enthousiaste d'Héroet : « Je diroé bien, qui me lesseroét juger, que je n'è ancores vu Poésie an Françoes mieus drecee a mon gré, ni plus santancieuse, ni la ou il i ût moins a redire, que la Parfete Amie d'Antoene Heroet. Ce que je ne di point par afeccion, qui n'è ù ni familiarité aveques lui ni connoessance. Car ni l'âge ni les tans de nous deus ne nous ont soufèrt antrehanter » {Art Poétique, 1555, liv. I, p. 14). Que l'on rapproche de ce juge-
I. Édit. Chamard, p. 180. — Cf. l'article de H. Chamard, Rev. d'hist, litt. de la Fr., 1897, p. 242.