I. Cf. le début de VAmie de Court, p
Je m'esbais de tant de folz espritz
Se complaignants d'amour estre surpris,
De tant de voix piteuses et dolentes,
is Je me tairay de ses diversités,
De sa puissance et de ses deités :
Il ne me chault si Venus fut sa mère ',
S'il fut seul filz, ou s'il avoit ung frère. Je parleray du myen tant seulement, 20 Laissant exemple en ce vray monument, [6]
A qui ne sçait bien aymer, de m'ensuyvre. Parfection d'amour sera mon livre
Intitulé : pour lequel accomplir
Il n'est besoing de fables le remplir; 25 D'inventions poétiques je n'use,
En invocquant ou Erato la Muse
Ou ApoUo. Plus tost invocqueray
20. mouvement D et toutes êdit., monument a h, corr. vis, dans P {Bibl. Ars.) — 22. Perfection B & — 24. fable TM '-M 4M -8 a — 25. ne use a — 26. Bn [En] D ^ ; o Eratho ft.
Qui plaincte font des peines violentes
Qu'ung Dieu d'aymer, comme ilz dysent, leur cause;
Je ne scaurois bien entendre la cause
De ceste peine, encores moins sçavoir
Quel est en eulx de ce Dieu le pouvoir,
Quel est son arc qui faict si grandes brèches,
Ny de quel boys peuvent estre ses flesches. Je ne l'ay point ny pour archier congneu,
Ny pour enfant, qui soyt aveugle, ou nud.
Et de sentir ne fus oncques subjecte
S'il brusle en flammes ou s'il blesse en sagette. Je croy le tout n'estre que Poësie
Ou, pour mieulx dire, humaine frenaisie,
Qui la nature enchante soubz couleur
De deité de frivole valeur.
Ch. Fontaine relève avec raison une contradiction dans les vers de La Borderie (Contr' Ainye, p. 44) :
Tu dis qu'Amour quant à toi incongneu
Tu n'as jamais ne pour archier congneu...
Mais nonobstant incontinent après
Avec propos bien ample et bien exprès
Vas descrivant ses assaultz et alarmes.
Ses feuz légers, très dangereuses armes... I. Dans le Banquet, 205 B, Platon donne pour mère à l'Amour Penia, la déesse de la pauvreté.
Le mien amy, et le soubhaitteray
Autheur, lecteur, et tesmoing de mes faicts, 30 Lesquelz sans luy je tiens touts imparfaicts. Je l'ay aymé, je l'ayme, et l'aimeray,
Et ma louange ainsi commenceray,
Que des le jour, des l'heure, et le moment
Que j'osay faire en amour jugement, 35 Je le voulus seul seulement choisir
Pour conducteur et roy de mon plaisir. Que tel vouloir ou inclination
Provient en moy par seure élection
De ses vertus, dont j'eusse congnoissance 40 Sus ceste fleur première de l'enfance.
Je ne le veulx ny confesser ny croyre.
Bien qu'en cela ne fust moyndre ma gloire. Mon aage pas encores ne souffroit
De veoir les biens que son esprit ofiroit ; 45 Je m'arrestois aux choses apparentes, /
Dont femmes sont communément contentes,
A la couleur, à la lineature,
A je ne scay quelle bonne nature,
Dont mainte femme, avant que moy hantée, [7] 50 A voit este surprinse et enchantée.
De la beaulté toutesfois que je dy il
Ne fut mon cueur follement estourdy, ^
Pour la penser seule estre occasion
De telle ardeur et persuasion » .
28. souhaicteray b — 29. Aucteur b — 30. Lesquels D » ; imparfectz M S — 31. aymeray D» — 32. louenge ainsi commanceray b — 34. j'oseray PTB; amours a — 35. voulu a, voullu seul seuUetnent b
— 36. Roy D» — 38. Provint a b; eslection b — 42. feust b; moindre D ^ — 43. aige a ; encore M 5 — 44. esperit M ' a — 45. m'arestoys b
— 47. coleur a — 48. sçay D» — 55. seulle b.
I. L'Amie de Court (v. 91, p. 8) vante continuellement sa beauté et
55 Six et six ans ont beaucoup emporté
De ce qui a mon œil reconforté ;
Et si ne crams que jamais temps destruise
Une amytié, qui est trop myeulx assise
Que sus beaulté, fondement non durable : 60 Plus il vieillist, plus je le trouve aymable; a.
Moins je le voy d'aultres dames requis,
Plus je le sens en ma faveur acquis. J
Si sa vertu doncques et sa valeur, I
Si sa doulceur et plaisante couleur 65 En moy n'ont point occasion esté
De ce que j'ay par cy devant compté, '
Seroit ce point une dextérité •
De bien parler, que luy exercité ,,
A racompter aux dames son affaire i
70 Ayt ainsi peu ma liberté deffaire ?
Comme il advient que la femme assaillie,
Quand elle voit sa parolle faillie
Et se sent foyble en propos et defence.
Si elle crainct la honte d'ignorance, 75 Aymé trop mieulx sembler d'amour vaincue
Que de raison frivolle deffendue, . Et veult plus tost en bien faisant se taire,
Que mal parlant, à son amy desplaire, [8]
Auroys je point ainsi esté surprinse ? j
55. beaulcoup D^ — 57. craintz b — 58. mieulx D^ — 59. fondement j
indurable M4-M'* — 60. Plus y a t ; je omis M5-M? ; amyable PBM, amable a J
— 62. à ma PTBM b — 64. et sa M '-M 4 ; coulleur b — 65. n'ont pas |
a b — 71. advint M'-MsM* — 72. veoit b; faille M' M' — 73. foible f Tb — 74. bonté B, bonté M 5-M7 — 78. Q.u'en P.
son savoir :
...ma grand' perfection Le seul object de mainte affection...
et la suite. Voir plus loin, note du v. 476.
80 Certes nenny. Je fus trop bien apprinse : Et de sa part il n'eust rien voulu prendre, Qui n'eust monstre vouloir de se défendre.
Mais fut ce point par importunité, Que, le voyant tant à l'extrémité
S) Une langueur porter patiemment,
J'eusse à la fin pitié de son tourment '? Non. Car j'aimay devant que le congnoistre, Et vis l'amour, en le congnoissant, croystre, Si bonnement qu'oncques n'y eut ofFence
90 Que d'en avoir trop tard la congnoissance. Je ne crains point que par ses dignités, Par ses honneurs, biens, et authorités, On me soupsonne avoir esté conduicte ^ A commencer l'amytié dessus dicte.
95 Luy mesmes scait combien d'empeschements
Ses biens ont faict à noz contentements, Et quantesfoys soubhaitta sa richesse
80. feuz b; aprinse b — 81. voullu b — 82. pouvoir de b — 85. feusse b — 84. An {corr. En) le a — 86. pitié D ' ; torment P — 88. veis D », viz b — 89. Si vivement a b ; que b — 90. d'avoir B ; tart b — 91. craint M 5 ; dignitez b — 92. auctoritez b — 95. soupçonne D *, souspeçonne M* -M 7, souspçonne M*; este D' — 94. commancer b — 95. sçait D * ; empêchements T, empechemens b — 96. ou [ont] M 5-M 7 ; contantemens b — 97. souhaitta b.
1. Castiglione, CoMr/jsa/i, f. 150 1°, insiste sur les poursuites et les ruses des amoureux : « Certes les aguillonnemens des amoureux, les astuces dont ilz usent, les latz qu'ils tendent sont si grans et si continuelz, que c'est trop grant merveille que une jeune fille les puisse eschapper... »
2. Aa contt&ite, l'Amie de Cow/-/ comprenait dès sa jeunesse (v. 58,
due l'honneur grand et digne authorité
Estoient en terre une félicité.
Et que des grands estre favorisée Est une chose en ce monde prisée.
Elle méconnaissait ainsi les préceptes de Platon, Banquet, 285 B.
lO LA PARFAICTE AMYE
Estre changée en paouvre gentillesse ',
Pour esprouver ce qu'il ne pouvoit croyre, loo Que le temps seul luy a rendu notoyre.
C'est que de luy n'ay rien, que luy, aymé ;
Et, bien qu'il fust d'aultre part estimé,
Ce grand' estime ameine obéissance
En moy subjecte, et non pas la naissance 105 De l'amytié, qui est du ciel venue, c/
Et que depuis j'ay fatalle tenue,
M'appercevant que sa forte racine [9]
Issue estoit de voulunté divine.
Or semble amour, à qui vouldra, péché ;
98. paoure D *, poure O, pauvre PM4-M'', pouvre a b ; gentilesse M s
— 99. croire b — loo. à PM*- M 4; notoire b — 102. qu'il soit a b
— 105. grand TBM 5 b; amené b — 104. subgecte b — i05.amytie D '
— 108. voulunté D ', volunté TB, volente a, volonté b.
I. Allusion aux calculs de VAmie de Court; elle déclare avec un cynisme révoltant qu'elle attend de ses amants beaucoup de présents, et d'un mari la richesse.
J'ai sceu gaigner ung grand seigneur ou deux Pour avoir tout ce dont j'ay besoin d'eulx, Accoustrements, anneaux, chaynes, doreures, Nouveaulx habits et nouvelles pareures... (v. 295, p. 15) Car un grand seigneur ne peut faire mieux que de combler de présents une honneste femme Q.ui d'accepter ne luy faict moins d'honneur Que de donner luy a faict le donneur.
Plus loin (v. 787, p. }2) :
Quant à mary je resoulz doncq' ce poinct De l'avoir riche ou de n'en avoir poinct.
Dans sa Contr'Amye de Court, Ch. Fontaine dit son fait à l'héroïne de La Borderie et flétrit son goût de la parure :
Amour est nud et de soy se contente.
Aussi je croy que dame à prendre aprise Facilement en prenant se rend prise. (p. 19)
En particulier, il s'élève contre la cupidité de Y Amie de Court : Tu dis, Amye à l'or emmiellée, Qui as l'Amour avec l'argent souillée, Que pour mary il vauldroit mieulx avoir Ung riche sot qu'ung homme de scavoir Pauvre de biens... (p. 32)
iio Puis que le ciel du mien s'est empesché^ Non seulement de luy je me contente ', Mais d'avantage aux dames je me vente / Que, si divin fut son commencement, Entretenu je l'ay divinement ^.
115 Premièrement quant à sa nourriture
Je l'ay repceu d'une pensée pure, \^ Insatiable à mon amy pensant.
Tant, si souvent, et de cueur si pressant. Qu'on eust pensé que bien tost ma pensée
120 De trop penser debvoit estre lassée.
Mais quand j'avoys ung pensement passé.
Je l'oublioys pour estre repensé :
Ainsi de luy plus que de moy pensive.
En moy j'estois trop plus morte que vive,
X25 Et ruminois en luy non aultrement
Qu'en me rendant mutuel pensement, Comme noz cueurs à mourir incités Se soient l'ung l'aultre entreressuscités, Comme le mien aymant au sien aymé
130 Ayt, sans changer, sa forme transformé. 1/
jio. C'est M '-M 7 (sauf est M J) — m. seullement b — H2. d'advantage D ', davantaige b ; vante B — 115. quand BM^-M* — 116. receu PO, repeu Ma b — 117. L'insaciable b — 118. Tant et souvent a — 120. devoit b — 121. quant T b — 122. l'oublyoys b — 123. pensifve b — 124. Et moy M 5; j'estoys D* — 125. ruminoys D*, revivoys a b; autrement b — 126. rendaut D » — 127. morirP; incitées TB, incitez M 5 b — 128. lun lautre b — 129. myen b — 130. Soit [Aytj a.