EXTRAICTE DE PLATON
De n'aymer point sans estre aymé.
Venus pensant son filz doulx et plaisant *, Tant tendrelet, le preux contrefaisant Entre dangiers, ou se vouloit offrir ', Entre les maulx qu'on le voyoit souffrir,
En haut des pages suivantes M* Mî M S M^ portent comme titre L'Accroissement d'Amour ; le ms. d donne simplement comme titre Fable — 2 et j. omis d — 3. dangers OMs-MV; on [ou] M' -M 3 — 4. voioytD-, voyt B, veoyt M 4 - M ^, voioit d ; faisant [souffrir] d.
1. Platon explique en effet dans le Phèdre (254 et 255, chap. xxxv et xxxvi) que l'amour véritable est toujours partagé par l'être aimé. Mais la fable dont Héroet a fait le commentaire mythologique de l'idée platonicienne n'est pas dans le Phèdre. Platon dit simplement an sujet de la personne aimée : « " Otav 81 àTirj, xatà xaùxa au :ro6£t xaî tioÔeïxat, el'SwXov '^pwTOç àvTeptoTa 'éywv » (255 D). Platon ne rapproche ici que deux sentiments; mais certains auteurs représentent Antéros comme le frère même d'Éros et le fils de Vénus : voir l'Anthologie de Planude (épigr. 251 et 252): Cicéron {de Natura Deorum, III, 23) explique que sous le nom de Cupidon sont confondues tfois divinités, dont l'une est « Anteros, fils de Mars et de Vénus ». Lucien (Dial. des Dieux, édit. Dindorf, xx, 15) désigne ce frère de Cupidon sous le nom d'Himéros ; or, dans le passage du Phèdre cité plus haut, t[X£poç et àvTÉpcoç désignent à peu près la même chose. — Est-ce sur ces données qu'Héroet a composé sa fable ? Il est possible aussi qu'il en ait trouvé les éléments dans quelque commentateur moderne de Platon. Dans Marsile Ficin il n'y a rien de semblable. Mais le 3' dizain de la Distinction du vray amour de Marguerite de Navarre (Dernières Poésies, p. 302) offre une ébauche de la fable d' Héroet avec une signification analogue.
2. Héroet fait ici de l'Amour le fils de Vénus, conformément aux indications du Phèdre (voir Parf. Amye, v. 17J.
3. Sur les luttes de l'Amour, voir Lucien, Dial. des Dieux, vu, 3.
5 Avoir besoing de grandeur et puissance,
De plus robuste et velue apparence,
Craignant que luy, noisif et ennemy,
Semblant tousjours enfant d'an et demy,
Apres avoir tant d'hommes combatu, 10 Ne fust d'aulcun plus fort que luy battu,
S'esbaissant que si long temps passoit
Et que jamais sa taille ne croissoit,
Voulant d'ung Dieu, qui pour lors respondoit
La vérité de ce qu'on demandoit, 1 5 Scavoir au vray pour quelle forfaicture
Punye estoit si belle créature,
Quelle raison la Nature mouvoit,
Et quel secours et remède y avoit :
Dame Venus, respondit la Prophète, 20 Ainsi que Dieu nous dict et interprète,
Blasmer n'en fault nature ny fortune, [81]
Ton filz, ny toy, ny créature aulcune.
Dieu, sachant bien que tu n'as congnoissance
De ton enfant ny de sa longue enfance, 25 M'a commandé de dire à toy sa mère
Qu'il seroit grand, si se voyoit ung frère.
Sa response est difficille à comprendre ;
Mais mon office est de te faire entendre
Que ce garson ne se veult augmenter, }o Pour ce qu'il a de quoy se contenter.
En petit corps trouvant si grande gloire
D'avoir sur touts invincible victoire,
5. et croissance d — 6. et virile d — 7. Craingnant M 5 ; noysif D ' — 9. combattu D» — 10. plus grant d — 11. S'esbahissant OM — 12. croyssoit D' - 13. Voulut d — 14. vérité D ' — 15. Sçavoir D », Savoir d — 18. Puys [Et] d ; avoit. toutes idii. — 19. le prophette d — 20. (Ainsi du Dieu se nommoit l'interprète) d — 22. ne [ny] D» — 23. Le dieu saichant que d ; sçachant D » — 25. commandé respondre d — 26. si ce DPOM ', si se BM»-M4 M », s'il se M 5-M 7 R<i — 27. La M 5-M 7 R ; à omis B — 3 1 . sa [si] toutes êdit. sauf D — 32. tous M 5 .
Hèroet, 7
Que sa basseur il estime honorable.
Mais si tu veulx qu'ung Cupido semblable 35 Te fasse Mars ou aultre myeulx aymé,
Incontinent que tu l'auras armé,
Ce qu'il pourra seulement tascher estre,
Le filz aisné s'efforcera de croistre :
Car luy, qui a victorieux vescu, 40 Ne peult de Dieu ny d'homme estre vaincu. Venus, après avoir tout entendu
Et sacrifice et grâce au Dieu rendu
Le bon conseil de la Prophète esprouve,
Et grand plaisir et vérité y trouve .
45 De ceste histoire, ou fable, ou mocquerie
Le sens caché, qu'on dict allégorie,
Ne se doibt pas à sa dame celer;
Et de ma part bien le veulx révéler.
En l'advisant que les Grecs, inventeurs 50 De touts bons arts et de fables autheurs, [82]
Signifié nous ont soubs couverture
De ce propos ung secret de nature.
C'est quand l'homme a repceu premièrement
En son espoir asseuré jugement s 5 Qu'une femme est vertueuse et aymable.
Il s'en approche, et la trouve aggreable.
Offre, promect, la prie, et la requiert ;
S'il ne la voit, au moins il s'en enquiert.
Par ce moyen en son cueur jeune et tendre 60 Je ne scay quoy vouluntaire s'engendre,
54. qua P, que ung d — 35. face M S — 36. vous l'aurez d; aymé PBM — 37. Et qu'il d; archer [tascher] d — 43. du prophette esprouva d
— 44. Ou... (y omis) trouva d — 45 . hystoire D * — 46. De PBM • M* M 8 — 47. ce M 5 ; poinct [pas] d — 48. part je luy veulx d ; les yeulx [le veulx] M — 49. Et [^En] D et antres Mit. sauf M 5-M 1 d — 50. De toutes artz et des fables (i — 54. esprit (i — 55. Que une rf; amyable M — 57. promest B — 58. voyt D» ; il s'enquiert M S - M 7 — 59. ces moyens d
— 60. sçay D * ; voluntaire O.
Qui est amour, petite passion Se nourrissant de seule atîection.
Or cest enfant incessamment demande; Mais il n'a rien que raison ne commande.
6s Car il ne peult encore au vif attaindre,
Et ne faict mal duquel nous debvions plaindre. Si débile est et foyblete sa force, Que de son dard ne perce que l'escorce ; Et, bien qu'il soit de Venus filz aisné,
70 Semble tousjours qu'il vienne d'estre né, Tant est petit. Mais pour le faire croistre. Nous ont voulu les Grecs faire congnoistre Qu'ung frère fault luy forger promptement. C'est pour la femme ung advertissement,
75 Qu'elle ne doibt jamais se tenir forte.
N'estimer grande amytié qu'on luy porte. Qu'amour ne soit au paravant entré Dedans son cueur, et qu'elle l'ayt monstre. Car le puisné le filz aisné provocque; [83]
80 Lequel voyant son frère reciprocque En peu de temps se pouvoir avancer, De grandeur veult comme d'aage passer.
Ainsi concluds que l'homme n'est blasmé. S'il ayme peu, quand il n'est point aymé;
85 Le faire ainsi nature luy commande.
Aussi fault il que la femme s'attende, Quand on la voyt aymer fidellement, Que peu d'amour en brief croist grandement.
62. Soy P — 64. Mais rien n'y a R ; riens d — 66. devons M 5 - M 7 R ; on se deust plaindre d — 6y. foyblette PBO, foyblete M — 70. Semblable M 3 — 7}. Que ung d; luy fault MR — 74. Femme D* — 75. doit M 5 ; soy [se] P — 76. grand' M S, grand R — 77. soyt D * — 78. et que ne l'ait d — 79. Par d — 81. pouvoit PM ' M 5, pouvoyt B, povoit M * M 4, povoir M 5 — 85. Car en cela d — 88. d'amour croist démesurément d.