COMPLAINCTE DUNE DAME
Or souffrant mal, cela me reconforte,
Si je le sens, que je ne suis pas morte ;
Et si je vis et mon cueur est entier, 40 Ma maladie est en aultre cartier.
Non au cerveau dont je fais ces discours,
Et moins aux pieds, desquelz je danse et cours.
J'ay le corps sain, je le monstre à mon tainct;
Mais l'esperit seroit il poinct attainct 4) De ce poison qu'amoureux on appelle ?
Ne le sachant, il fault que je le celé.
En le celant je n'y remedieray ;
Sans le scavoir toutesfoys je diray.
Comme feroit une femme ignorante, so Qui en chaleur de fiebvre véhémente, [86]
Ne sachant dire au médecin qu'elle a,
Dict bien quand et comment luy print cela.
Pour ma santé dire ainsi me convient;
Car je ne scay proprement ou me tient 55 La passion, qui me rend langoreuse,
Ne si je doibs l'appeller amoureuse ».
Mais la douleur amere, qui me poinct.
Il fut ung temps que je ne l'avois point. Il me souvient (ô heureux souvenir !) 60 Que les propos, que je soulois tenir,
59. viz b — 40. autre b; c'est ung peu allégée B — 41. fays D»; mes [ces] PM, ce ab — 42. au DPO, aux Mi M^ ab d; dance b — 43. train c
— 44. l'esprit (corr. mon esprit) B a b; actaint b — 45. que b — 46. cachant B, saichant b ; celle b — 47. Et en celant M s - M? ; point ny (je omis) a èjremediray BOM 5 M ^ — 48. sçavoir D ', savoir b — 51. sachant D», saichant b — 52. Dist B, Dit b; comment et quand a — 54. sçay D =
— S 5. langoureuse BM s b — 57. doulceur abd — ')S, avoys D * — 60. je le Mî ; souloys D*^ soullois b.
I. Cf. Platon, Phèdre, 255 D. Le passage de Platon, dont Héroet s'inspire ici de très près, semble lui avoir fourni le sujet même de la Complaincte.
Estoient communs, simples, et innocents.
Et qu'en voyant gentils hommes passants,
Esgallement ung chascun me plaisoit,
Prenant en gré l'honneur qu'on me faisoit. 65 Touts mes plaisirs estoient d'accoustrements,
Estimant plus du corps les aornements
Que l'esperit, maintien, grâce, ou faveur.
Lors touts mes gousts estoient d'une saveur ;
Et si plaisir advient sans jugement, 70 Je n'avois pas peu de contentement;
Mais maintenant suis forte à contenter.
Je ne me puis seulement présenter
Occasion de passetemps ou ayse,
Que le plaisir mesme ne me desplaise ; 75 Et ne me trouve en place ne contrée.
Qu'incontinent je ne me sente oultrée,
Tenant les lieux, ou estre je ne puis,
Tousjours meilleurs que ceulx là ou je suis.
Les bien disants me semblent tant mal dire [87]
80 Que leurs escripts je ne daigne plus lire. L'ung à mon gré parle son populaire,
L'aultre veult trop enrichir le vulgaire,
Touts sont meilleurs que je ne puis comprendre. Mais si je fais profession d'entendre 8) Puis peu de temps les dixains et ballades,
Quand ilz sont sains, je les trouve mallades,
Sinon d'aultant qu'en leurs affections
Je voy au vif painctes mes passions ;
61. Estoyent D* ; innocens h — 62. gentilz D » ; passans h — 63. Esgalement M 5 — 65. Les v. 65-96 manquent b; pensers [plaisirs] d ; estoyent D ' — 66. En estimant a ; ornemens M S-M ^ a d — 69. Et le M4 M*, Et le plaisir sans aucun M S-M 7 ; avoys sans a — 71. Les v. 71- 9} manquent c — 72. Et [Je] o; peulx P; seurement a — 73. d'aise a d — 75. Te a d\ r\y contrée ad — 76. me treuve a — 79. si [tant] a — 80. escriptz D» — 84. fays D» — 85. les Dixains D', leurs dizains a d\ Ballades D» — 86. treuve a d; malades D».