DE LOUISE DE SAVOIE II
Comme l'esprit se congneut entaché,
Grief et pesant, et de terre empesché,
Ainsi le corps par conversation
Participa de ma complexion, 5 ) Se voulant faire une Femme immortelle,
Pource que l'ame et ma nature est telle.
Mais le voyant envieillir et descroistre,
Et se doubtant de soy ne pouvoir estre
Perpétuel, declaira son envie, 60 Continuant par ung autre sa vie.
Ainsi luy fut octroyé pour lignée
Avec ung filz une fille bien née.
L'un est ton Roy, lequel en la victoire
Des ennemys a tant acquis de gloire, 6) Que ses malheurs advenir et passez
Luy sont au ciel et au monde effacez.
Tu treuveroys (de moy sa mère) estrange
Ouyr compter indicible louenge.
Que je congnois aux astres préparée 70 A sa vertu, de troys filz reparée.
Croy seullement que tant qu'ilz régneront,
Nostre mémoire et renom dureront.
Et si par eulx se produit aucun bien.
Si ce n'est moy, si sera ce du mien.
75 Vêla qu'acquiert une cupidité
Qu'a nostre corps à l'immortalité.
Appaise toy, viateur esploré,
Recongnoissant ce qu'avois ignoré.
Car telz honneurs, dont tousvoz cueurs sont plains, «o Et pour lesquels me regretes et plains,
Sont moins que riens en Testât où je suis,
Et où je fuz encor avoir les puis.