ALLÉGORIE
Écoute, jeune fille!
Elle n'écoute point... — Il fait grand jour; ceci est la ville , il n'y a personne à tes côtés : quel fantôme veux-tu saisir? Tu l'appelles, tu semblés le reconnaître 1...
Elle n'écoute point... — Immobile comme une pierre, les yeux tantôt fixes, tantôt hagards, elle fond en larmes, elle embrasse le vide, elle s'agite, puis elle pleure et sourit.
« C'est donc toi, mon cher Jean? la nuit? même après la mort, mon amant? Viens, oh! viens, doucement, une marâtre pourrait nous entendre !
c( Elle n'a qu'à nous entendre , tu n'es plus ! te voilà dans
BOMANCBBO. 5
la tombe , mort ! Ah ! j'ai peur. Peur de lui , Jean ! Car c'est bien lui ! Ce sont ses traits^ ses yeux^ sa robe blancbe ! . . .
« Et lui-même^ voyez ^ pâle comme son linceul!.., froid ! Que ses mains sont glacées ! Ici^ réchauffe-les sur mon qœur^ dans mes bras^ oh! viens ^ tes lèvres sur les miennes!
« Ah! qu'il fait froid dans le tombeau! Te voilà mort^ depuis... oui, depuis deux ans. Prends-moi^ je veux mourir aussi; je n'aime point le monde.
« Je souffre y au milieu de la foule méchante ; je pleure^ ils rient de mes pleurs : je parle^ personne ne veut me comprendre ! je vois^ ils ne voient pas !
«Viens de meilleure heure... Dieu! si ce n'était qu'un songe!... Oh ! non je te tiens dans mes bras!... Tu me fuis, cher Jean? Reste ^ reste encore! Cest trop tôt^ trop tôt!
« Mon Dieu ! le coq a chanté^ l'aube a brillé dans les croisées. Jean^ demeure encore... disparu! Moi^ malheu*reuse!»
Cest ainsi que la jeune fille pleure son fiancé.
Elle court le saisir^ l'appelle^ et tombe évanouie. A cette dmte^ à ce cri^ la foule s'ameute.
«Dites vos prières! crie le peuple simple; son âme doit être ici présente : Jean doit être auprès de sa chère Marie, lui qui l'aimait tant sur la terre !»
Et moi j'obéis... je crois... je pleure... et je prie.
« Écoute, jeune fiUe, s'écrie du milieu de la foule un vieillard; et voustousj croyez-en mes lunettes et mes yeux : rien ! je ne vois rien autour de cette fille.
« Les esprits sont une invention des gens ivres, forgée dims les ateliers de l'ignorance. Cette fille est une folle, et ce peuple croit en dépit du bon sens.
— Cette fille est le SEimMEirr, et ce peuple est la poi ! l'un et l'autre savent bien mieux que les lunettes et les yeiix du savant.
« Tu connais les vérités mortes, inaccessibles au vulgaire !
6 POBSI£S DIVERSES.
tu vois le monde dans un atome^un atome dans le monde; mais tu n'entends pas le Verbe, la vérité vivante : pour toi , point de merveilles !
« H faut avoir un cœur et voir au cœur des autres. »
in.