‹ Œuvres poétiques complètesChapitre 11 sur 161 · ALLÉGORIE · texte numérisé non relu

ALLÉGORIE

Écoute, jeune fille!

Elle n'écoute point... — Il fait grand jour; ceci est la ville , il n'y a personne à tes côtés : quel fantôme veux-tu saisir? Tu l'appelles, tu semblés le reconnaître 1...

Elle n'écoute point... — Immobile comme une pierre, les yeux tantôt fixes, tantôt hagards, elle fond en larmes, elle embrasse le vide, elle s'agite, puis elle pleure et sourit.

« C'est donc toi, mon cher Jean? la nuit? même après la mort, mon amant? Viens, oh! viens, doucement, une marâtre pourrait nous entendre !

c( Elle n'a qu'à nous entendre , tu n'es plus ! te voilà dans

BOMANCBBO. 5

la tombe , mort ! Ah ! j'ai peur. Peur de lui , Jean ! Car c'est bien lui ! Ce sont ses traits^ ses yeux^ sa robe blancbe ! . . .

« Et lui-même^ voyez ^ pâle comme son linceul!.., froid ! Que ses mains sont glacées ! Ici^ réchauffe-les sur mon qœur^ dans mes bras^ oh! viens ^ tes lèvres sur les miennes!

« Ah! qu'il fait froid dans le tombeau! Te voilà mort^ depuis... oui, depuis deux ans. Prends-moi^ je veux mourir aussi; je n'aime point le monde.

« Je souffre y au milieu de la foule méchante ; je pleure^ ils rient de mes pleurs : je parle^ personne ne veut me comprendre ! je vois^ ils ne voient pas !

«Viens de meilleure heure... Dieu! si ce n'était qu'un songe!... Oh ! non je te tiens dans mes bras!... Tu me fuis, cher Jean? Reste ^ reste encore! Cest trop tôt^ trop tôt!

« Mon Dieu ! le coq a chanté^ l'aube a brillé dans les croisées. Jean^ demeure encore... disparu! Moi^ malheu*reuse!»

Cest ainsi que la jeune fille pleure son fiancé.

Elle court le saisir^ l'appelle^ et tombe évanouie. A cette dmte^ à ce cri^ la foule s'ameute.

«Dites vos prières! crie le peuple simple; son âme doit être ici présente : Jean doit être auprès de sa chère Marie, lui qui l'aimait tant sur la terre !»

Et moi j'obéis... je crois... je pleure... et je prie.

« Écoute, jeune fiUe, s'écrie du milieu de la foule un vieillard; et voustousj croyez-en mes lunettes et mes yeux : rien ! je ne vois rien autour de cette fille.

« Les esprits sont une invention des gens ivres, forgée dims les ateliers de l'ignorance. Cette fille est une folle, et ce peuple croit en dépit du bon sens.

— Cette fille est le SEimMEirr, et ce peuple est la poi ! l'un et l'autre savent bien mieux que les lunettes et les yeiix du savant.

« Tu connais les vérités mortes, inaccessibles au vulgaire !

6 POBSI£S DIVERSES.

tu vois le monde dans un atome^un atome dans le monde; mais tu n'entends pas le Verbe, la vérité vivante : pour toi , point de merveilles !

« H faut avoir un cœur et voir au cœur des autres. »

in.

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