CHOEUR DES ANGES
Égayons le sommeil d'une sœur chérie y posons doucement notre aile sous sa tête endormie ^ éclairons ce visage avec nos yeux et nos étoiles. Jouant et chantant, volons en couronne au-dessus de notre pure et paisible amante. Tressons-lui de nos mains une corbeille de lis; que nos fronts s'illuminent comme des roses : déroulons nos cheveux sous leurs bandeaux d'étoiles, qu'il en jaillisse des rayons, qu'il s'en exhale des parfums. D'une guirlande fleurie, odorante, animée, enlaçons le sein calme de notre amante, entourons sa tête chérie. Jouant et chantant, volons en couronne au dessus de notre pure et paisible amante.
Vînon de la Vîerge« EVE.
Une pluie aussi fine, aussi douce, aussi calme que la rosée!... Et d'où vient cette pluie?... le ciel est si pur, si limpide !... Ce sont des gouttes vertes et rouges... des herbes en fleurs, des marguerites, des roses, des lis, des guirlandes qui m'environnent!... Ah! quel songe léger, quel songe doux et parfumé! Puisse-t-il durer toute ma vie!... Rose brillante, rose-soleil, lis sans tache, lis-étoile, vous n'êtes point de la terre!... C'est laque vous avez grandi,
* 11 s*agit da premier recueil de Miçkiewicz, paru sous le Utre de Ballades et romances. (Poésies diverses', page I )•
344 LES AÏBUX.
aa-dessu8 de ces blancs nuages... Oh! le narcisse qui me regarde avec ses yeux de neige !... Et ces fleurs azurées da souvenir^ semblables à des prunelles d'enfant !... je les ai reconnues^ ce sont mes fleurs !... Je les ai arrosées moimême; je lésai cueillies hier dans mon jardin^ et j'en ai couronné le beau front de la Madone : là^ dans son tableau, au-dessus de mon lit. Je la vois ! c'est la sainte Vierge !... ô merveilleuse clarté!... Elle me regarde^ prend la couronne fleurie^ la donne à son fils; et l'enfant Jésus répand sur moi les fleurs avec un sourire... Oh! qu'elles ont embelli^ mes fleurs!... Il y en a tant!... des myriades!... et toutes en volant se cherchent dans les airs, ô mes amantes ! et se tressent elles-mêmes en couronnes!... Oh! que je me sens heureuse, que je suis bien ici, mon Dieu ! Que cette tresse m'environne pour toujours^ que je m'assoupisse, que je meure en contemplant cette rose, et sous les regards neigeux de ce narcisse!
Cette rose est animée! elle vit ! elle vient de recevoir une âme! elle penche la tête et répand du feu de sa pourpre; c'est une pourpre vivante... comme la lueur de l'aurore! Elle vit! elle entr'ouvre ses feuilles comme pour un sourire, développe sous ses feuilles comme deux lèvres de corail; elle soupire! elle me dit quelque chose! mais si doucement! si timidement! 0 rose, que dis-tu?... trop bas, trop tristement... Est-ce un soupir de douleur? te plains-tu d'être arrachée de ta pelouse natale ?... Oh ! pardonne! Je ne fai pas prise pour jouer; je fai posée sur le front de la sainte Vierge , hier, après confesse, arrosée de mes larmes!... Mais voici que du corail pur de tes lèvres, étincelle par étincelle, une flamme s'échappe... Cette clarté, est-ce ta voix? cette flamme, ton chant?... Que me veux-tu, charmante rose?
LA ROSE
Prends-moi sur ton cœur.