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L'HEURE

JtdiS; à pareille heure, tes yeux ne quittaient pas le cadran, et semblaient presser la marche de Taiguilie paresseuse; ton oreille épiait, parmi les murmures de la cité, le bruit bien connu de mes pas. Le jour n'avait alors qu'une heure, durant laquelle, ô doux souvenir! mon coeur n'était pas le seul à battre plus vivement ! Mon âme , asservie à cette heure unique^ ne pouvait s'en détacher, et, comme Iiion enchaîné sur la roue, sans cesse gravitait autour d'elle. Avant son arrivée, je l'attendais tout un jour, et tout un jour j'y rêvais après son passage, m'arrêtant sur mille fugitifs mais diarmants souvenirs. Quel fut ton accueil, le début de ^entretien? Gomment sont échappées <}uelqu€S paroles amères? Après elles, la dispute; puis, la reconciliation. J'arrivais triste. Tu cherchais dans mes yeux la cause de ma tristesse ; je venais f apporter des prières : tu prévenais les unes et ne laissais point achever les autres. Je les remettais au lendemain, et puis, le lendemain arrivé, je n'osais pas encore... Parfois j'entrais tout en colère; tu me désarmais avec un sourire : ou, si mon courroux avait passé les bornes, tu te fâchais aussi, et moi je demandais pardon à genoux... Ah * chacune de tes paroles, chacun de tes regards, tes caresses, nos joies et nos douleurs communes, dans mon âme ont laissé leur délicieuse empreinte ; je les ramène sans cesse devant les yeux de ma pensée , ainsi qu'un avare, s'étant emparé d'un trésor, le couve du regard, et se consume de ne jamais pouvoir s'en rassasier.

Cette heure est devenue le lien entre mon passé et mon avenir. J'ai commencé par elle, et par elle j'ai fini des jours plus heureux; dans la trame souillée de ma vie, elle brille

ainsi qu'un fil d'or. Comme le ver à soie, je m'y suis attaché pour jamais ; et, la prolongeant sans cesse autour de moi^ j'en ai fait la demeure étemelle de mon âme.

Se soleil est entré sous les mêmes signes des cieux; la même heure a sonné : où veillent tes regards ? où reposent tes pensées? Ah! ta main caresse maintenant une main étrangère! Infidèle! ta bouche presse un autre front, tes larmes tombent sur un autre visage, et ton cœur répond aux battements d'un eoeur autre que le mien ! Aujourd'hui peutêtre, vous ne seriez plus désunis par la foudre qui me frapperait sur le seuil de votre demeure !

Solitude que j'ai dédaignée! je t'abandonnai jadis à pareille heure; et maintenant , je retourne à ton sanctuaire, ainsi qu'un enfant séduit par quehiues hochets retourne aux bras de sa nourrice. Oh, pardonne ! l'attrait du bonheur est trop enivrant pour n'être point perfide. Peutrétre auss saurai-je étouffer cette indigne ardeur; le temps et le si-i lence de la fierté peuvent encore tout réparer.

Trop lointaine espérance! le ciel est pur, j'irai chercher roubli dans les champs, dans les airs, sur les flots ! Voici Hieure de la promenade ; pourquoi différé-je mon départ? A chaque mouvement de la porte j'attends un messager ; il me semble lire les signes trompeurs qu'elle a tracés, je saûsis ma montre san&trop savoir pourquoi ; une fois même je m'élançai de ma place, j'allais franchir le seuil!... Ah ! c'était l'heure d'autrefois! 0 habitude !

€k>mme celui à qui la mort vient d'arracher une personne chérie, malgré sa douleur profonde et son deuil intérieur, se laisse parfois aller à quelque douce illusion ; il oublie pour un instant, pour un clin d'œil, la perte cruelle qu'il vient de faire; tout entier à son heureuse erreur, il court : d^à il a franchi le seuil accoutumé... il s'éveille, et les pleurs inondent son visage !

102 POESIES DIVEBSES.

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