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DANS LE SALON GREC

DE LA PRINCESSE ZÉNfilDE WOLKONSKA^s.

Au milieu des ténèbres, guidé par l'étoile de tes yeux, poursuivant ta robe blanche sur les dalles d'ébène, j'entre! Estrce la région au delà du Léthé? Est-ce la grande momie des cités, le cadavre d'Uerculanum? Non, c'est tout l'ancieu univers , reconstruit, mais non ranimé à la voix de la beauté. Tout un monde en mosaïque! Chacun de ses débris est un débris de chef-d'œuvre, un témoin de grands souvenirs.

Ici, le pied vagabond n'ose heurter une pierre. Sur cette pierre, saillit en bas-relief la figure d'un dieu. Sa face courroucée semble exprimer la honte de son abaissement et la haine de&hommes d'aujourd'hui, contempteurs de la foi antique; elle court se cacher dans le sein du marbre, d'où la main du sculpteur l'avait évoquée avant les siècles.

A l'eutour, je vois des sarcophages ornés par le peintre

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et le statuaire; ils devraient protéger de l'offense quelque cendre royale : aujourd'hui, cendre eux-mêmes, ils réclament un cercueil. Çà et là, le chapiteau d'une colonne inconnue, morcelé, dépouillé, roulé dans la poussière, comme un crâne brisé sur un tombeau.

Ailleurs un obélisque, vieux citoyen du pays de Mizraim^ se tient mal assuré sur sa base. Tu vois ces bizarres caractères , signes de la langue évanouie du sphinx ; ce sont les hiéroglyphes ! Reposant sous ce linceul, la pensée profonde tlort depuis mille ans d'un sommeil léthargique; ainsi qu'une momie dans une couche embaumée : intacte, ineorruptible, et ne pouvant renaître.

Non-seulement les œuvres éphémères de l'homme, mais les produits inanimés des éléments succombent sous la dent des siècles. Regarde cette pierre précieuse jetée dans la poudre des tombeaux. Jadis elle avait les teintes de l'aurore, la splendeur du soleil. EUie brilla durant des siècles ; puis, ayant répandu de son sein toute sa lumière , elle s*éclipsa comme une étoile éteinte.

Ici, l'image de Saturne ; seule entière parmi les ruines Auprès d'elle une urne de bronze corinthien. Quel est donc ce pâle rayon qui s'éveille dans son coeur? Est-€e le génie de la renaissante Heliade ? Il dresse le front, étincelle du regard ; et, s'envolant sur les ailes d'Iris, il couronne une fois encore de son auréole le front des dieux, le front des déesses sommeillant alentour : et le plus beau de tous, celui de la nymphe qui me sert de guide.

Oh ! que toutes ces déités dorment éternellement d'un sommeil de marbre et de bronze sur leur monde de souvenirs! Toi seul, laisse-toi réveiller par mon guide charmant, ô dieu le plus charmant qu'aient adoré les hommes; jeune petit Éros, qui, désertant le giron d'Aphrodite^ somn^illes en pressant le sein rose de la vigne aux grappes de rubis !

Ce serait un grand crime que de passer ton dieu sans lui faire une offrande^ ô belle nymphe! soyons dévots tous deux ! Hélas ! un froid coup d'oeil de ma conductrice me frappe d'en haut ainsi que la baguette de Mercure; et mon âme^ qui s'envolait aux régions bienheureuses de Tamour^ est exilée sans pitié du seuil irrévocable de l'espérance!

Que dirai-je^ rendu aux demeures des mortels? Ah! je dirai que je fus à mi-chemin du ciel^ l'âme à demi triste à demi joyeuse ; que j'entendais déjà ces paroles à demi-voix, et déjà je voyais ce divin demi-jour, que... hélas! et n'éprouvai qu'une demi-félicité !

Moskou, IS27.

Sur quelque limite du monde que tu viennes briller, semblables aux Guèbres se prosternant devant le soleil des Indes, les bardes inclineront devant toi leurs fronts couronnés de feuilles immortelles, et chanteront ta venue sur mille harpes sonores. Ah î tu seras surprise quand du milieu des hymnes et des cris de triomphe tu entendras surgir une acclamation étrange et sauvage ! Gomme un rustre au milieu d'une cour de rois, mais plein d'assurance et prêt à renverser tout ce qui se trouve sur son passage, elle ira droit à ton âme et l'enveloppera de la sienne. Reine de l'harmonie! tu l'accueilleras avec faveur; car ce sera ton ancienne connaissance , le rude et libre langage des Polonais, tes frères.

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YllI.

sua LE SPLIH^EIf, DASS LES ALPES.

Jamais! ne pourrai-je jamais me séparer de toi? Parterre et par mer, me suivras-tu partout? Sur les glaciers, je vois tes traces brillantes, et f enteads le son de ta voix dans 4a cascade des Alpes! Je frémis, mes cheveux se dressent; je me retourne, je voudrais voir ton image et je n'ose !

Ingrate ! tandis qu'aujpurdliui sur ces montagnes appuyant le ciel, je tombe dans les abîmes ou je m'élève aux nuages; que je ralentis mes pas fatigués à gravir les glaces éternelles et j'essuie mes yeux inondés de neige, pour chercher l'étoile du pôle sur un ciel brumeux, pour chercher ma Lithuanie et ta maison , .toi, ingrate! peut-être aujourd'hui même reine du bal, tu présides à la danse d'un joyeux essaim, ou, f amusant à de nouvelles amours, tu racontes les nôtres avec un sourire ! Mais , est-tu heureuse, dis-moi, quand tessujets, courbant leurs fronts serviles, f appellent excellence? heureuse quand la volupté t'endort et la joie te réveille? heureuse que nul souvenir ne vienne fimportuner ? Ne serais-tu pas plus heureuse de partager le destin d'un fidèle exilé qui f aime? Oh ! je te conduirais par la main à travers ces rochers, égayant par mes chansons les peines du voyage; je me jetterais le premier dans les torrents écumeux, et j'entasserais les pierres , pour que ton pied, en les traversant, n'effleurât même pas la surface des ondes ! J'échaufferais de mes baisers tes mains engourdies par le froid. Le repos nous attendrait dans le chalet de montagnard ; là, je dépouillerais mon manteau pour t'en couvrir , et toi, f asseyant au feu des bergers, tu dormirais et rêverais sur mon cœur!...

(De TAnnuaire de Vilno, poar 1830.)

Si j'étais la résille dorée à ton front, ou la blanche gorçerette à ton corsage, je sentirais ton sein s'épanouir au gré de ton haleine, je saurais si ton cœur frémit à l'unisson du mien.

Si j'étais la brise ailée au ciel pur, je fuirais les plus belles fleurs de la plaine, n'aimant que la rose et toi. Peut-être alors , pour me donner le bonheur suprême. Dieu me changerait-il en ton cœur!

A LOUISE MAÇKIEWICZ.

Hier encore étrangers et lointains l'un pour l'autre, aujourd'hui séparés à jamais, comme gage de bien\enue et d'étemel adieu je te dis ces deux mots : a Salut, et sois heureuse ! »

Ainsi le voyageur perdu dans les glaciers des Alpes, voudrait par un joyeux refrain égayer sa route; le cœur déshérité de toutes ses amours, il se met à chanter pour la fiancée d'un ami... *

Mais avant que l'écho ne leur ait apporté sa chanson , déjà l'avalanche aura couvert son front d'une glace éternelle!...

TilDO , 34 octobre 1824.

* M. Ignace Chodzko. Ce sont les derniers vers écrits par le pofite sur le sol de la patrie, le lour même de sa déportation.

POUR L'AxNNONCIATION DE LA VIERGE.

Salut à toi, Vierge immaculée ! Ton front couronné d'étoiles brille au faîte des cieux, à la droite de Jéhovah ! Fi-

dèles à ton amour^ nous te consacrons ce jour solennel. Viens, parais dans le temple, et répands ta lumière ! Voici que parmi les fronts courbés dans la poussière, parmi le peuple muet de terreur, le Prophète se lève et s'écrie :

« Que l'orgue sous mes doigts s'anime à ta louange !

, Qu'un chant digne de Dieu procède de Dieu même ! Apparais

dans le temple, et baisse vers moi tes angéliques regards ;

afin que le Seigneur embrase mes esprits : et ma voix se ré**

pandra comme nn torrent !

« Et mon sein tonnera comme le sein des archanges à l'ironie des mondes , quand ils éveilleront du sommeil du néant la poussière tombée dans l'abîme des siècles. Que mes hymmes, à travers les étoiles et l'enfer, parcourent l'infini et survivent à l'éternité ! »

Quel astre nouveau se lève ? C'est la Vierge apparue sur Sion; et comme l'aube sourit du sein des mers, ainsi brille

■IÇKIEWICZ. T. I. 10

l'aurore de ses joues. Le soleil , d'un oblique rayon, dore les flancs d'un nuage argenté ; maïs la blancheur de neige de ses vêtements est plus pure encore sous l'ondoyante clarté de ses cheveux.

Jéhovah jette un regard sur etle, et la trouve parfaite entre toutes les femmes. L'azur des cieux s'entr'ouvre, une blanche colombe descend, et tient au-dessus de Sion ses deux ailes étendues. Le diadème de son blanc plumage couronne le front de la fille des cieux !... La foudre gronde, le mystère s'accomplit!!... Un« Vierge conçoit, ô Verbechair *«!!!

Vilno, 1821.

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