‹ Œuvres poétiques complètesChapitre 34 sur 161 · RAISON ET FOI · texte numérisé non relu

RAISON ET FOI

Quand j'eus courbé devant le Seigneur mon front intelligent etreeélant la foudre, comme un nuage s'incline devant le soleil, il daigna l'élever jusqu'à lui, pareil à l'aro-en-ciel, et le couronner de ses mille rayons.

EH je veux resplendir en témoignant la fm ! Quand le de\ ouvrira les trésors de ses colères, et que ma nation tremblera de voir recommencer le déluge, à l'aspect de cet arc* en-ciel eUe se souviendra de son alliance avec Dieu.

Seigneur! n'est-ce point l'esprit d'humilité qui fit naître mon orgueil?... Quelque sublime que soit la pkce où je brille dans l'azur céleste, ma lun^ière. Seigneur, OiC me vient pas de moi ; elle n'est qu'un pâle reflet de tes feux.

J'ai parcouru les infimes régions de l'humanité, avec ses croyances de toute couleur et de tout langage. Tout ce qui semblait immense et vague aux yeux de la raison apparaît évident et mesquin aux yeux de la foi !

Et VOUS aussi, fiers philosophes! Ballottés par l'orage comme des atomes , plus renfermés en vous-mêmes que le nautile dans sa conque, vous voudriez, petits que vouis êtes, d'un coup d'œil embrasser l'univers !

La nécessité, disent les uns, règne aveuglément sur le monde comme la lune sur les flots amers. Le hasard, disent les autres, joue avec les hommes comme la tempête avec la poussière des chemins.

Il est un Dieu qui embrasse l'Océan et le donne pour éternelle ceinture à la terre; mais il a gravé sur le rocher la limite contre laquelle éternellement il viendra se briser.

Cest en vain que, depuis, l'Océan veut quitter sa couche de limon. Éternellement mobile, et toujours enchaiifê, plus haut il s'élève, plus bas il retombe ; se révoltant toujours, il n'atteindra pas aux étoiles.

Et le rayon de lumière dardé par le soleil, se jouant sur l'écume changeante dès mers, ne plonge pas jusqu'au fond ; mais s'y décompose en couleurs irisées et retourne vers les hauteurs dont il était descendu.

0 raison de l'homme ! que tu es petite devant le Seigneur ! Ta n'es qu'une goutte dans sa main toute puissante ; et la terre, f apercevant sous l'apparence d'un immense océan , veut s'élever au èiel sur tes vagues!

Cest en vain ! Tu crois toucher aux bords de rhorizon, et ta voile audacieuse s'élance pour les atteindre. C'est en vain! Elle a quitté la terre et ne peut appirocher ides cléux; le flot qui la portait n'y montera jamais.

Tu te gonfles et rampes tour à tour; tu deviens sombre €n creusant des abîmes , radieuse en bondissant dans les airs. Tu voiles l'empyrée d'un linceul de nuages, et puis comme la grêle tu retombes... toujours sur la terre !

Et le rayon de la foi , allumé dans les cieux, f élève en le dissolvant, embrase la foudre dans ton sein et se mire

dans ta surface limpide. Sans la foi^ ne serais- tu pas à jamais invisible s» ?

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