L'ENTRETIEN DU SOIR
Cest à toi que je parle^ à toi qui règnes dans tes cieux et qvi daignes aussi visiter le réduit de mon âme. Lorsque les ombres de minuit ont couvert tout ce qui respire , que le remords ou la crainte veille, c'est à toi que je parle, sans parole! Ta suprême pensée exauce chacune des miennes; tu gouvernes partout et obéis en moi : souverain des cieux, crucifié dans mon cœur!
Toute bonne pensée retourne vers toi seul, comme un rayon revient à sa source , au soleil ; et, descendant de nouveau, se reflète sur moi, qui reçois tour à tour et verse la lumière. Et chaque pieux désir retourne à tes trésors, où tu me permets de puiser sans fin. De même que tu brilles dans les cieux, que ton fils et ton apôtre resplendisse sur la terre!
Tu règnes sur le monde et je règne sur toi ! Chaque vile pensée vient de nouveau, comme la lance du soldat, ouvrir tes blessures inguérissables ; et tout mauvais désir est Téponge de fiel que j'approche, irrité, de tes lèvres niourantes. Tu gémis comme l'esclave asservi par un maître , jusqu'à ce que ma colère te dépose au tombeau. De même que tu souffris sur la croix tout en aimant les hommes, que ton fils et ton maître aime et souffre sur terre !
Quand je dévoilai devant mon prochain mon âme endolorie sous le cancer du doute qui la ronge, j'ai vu fuir le
1!4 POESIES DIYEBSES.
méchant pour se préserver de mon atteinte^ et le bon pleurer, en détournant les yeux. 0 grand médecin, tu sais le mieux quelle est mon infirmité , et tu n'as pas horreur de moi !
Lorsqu'on face des hommes une voix plus déchirante que le cri du désespoir s'échappe de mon âme , cette voix qui tonne parmi les éternels supplices des damnés, inentendue sur terre, la voix du remords ; ton souffle , ô juge terrible ! attise les feux de ma conscience : et toi seul pourtant, tu m'as exaucé !
Lorsque les enfants du monde me croient tranquille, je cache à leurs regards une âme tumultueuse; le froid orgueil, comme un vêtement de nuages , couvre de son ombre la foudre intérieure : et la nuit seulement, je répands en silence dans ton sein l'orage de mon âme, qui se résout en larmes !