‹ Œuvres poétiques complètesChapitre 35 sur 161 · LES DOCTEURS DE LA LOL · texte numérisé non relu

LES DOCTEURS DE LA LOL

Les docteurs de la loi s'étaient endormis da^s un orgueil égoïste, mais inquiet. Soudain une voix les réveille, annonçant que Dieu s'est manifesté parmi la foule, qu'il vient parler aux hommes de Téternité. « 11 faut le tuer, disent-ils^ puisqu'il vient troubler notre repos; mais faut-il le tuer durant le jour? Le peuple le sauverait de la mort. »

Les docteurs aussitôt allument leurs lampes, aiguisent sur les livres leurs esprits durs et glacés comme des glaives d'acier ; et, suivis de la foule aveugle de leurs disciples, ils vont, disent-ils, à la chasse de Dieu. La trahison, les précédant, leur indique un chemin sûr, mais tortueux.

Les docteurs ont crié au fils de Marie : « Est-ce toi? — Moi, répond le Sauveur, et les docteurs pâlissent. *- Est- ce bien toi? — Moi-même! » La horde des mercenaires s'enfuit épouvantée, les docteurs tombent la face contre terre. Mais, voyant que Dieu menace et ne punit pas, ils se lèvent, assassins sans courage, et partant sans pitié.

Les docteurs le dépouillent alors de ses mystérieux vêtements; ils fustigent son corps des verges de la raillerie, ils percent sps flancs des traits de la raison ; et ce Dieu les aime et prie encore pour eux ! Quand leur haine l'eut déposé au tombeau > il quitte leurs âmes, plus sombres que le sépulcre. Les docteurs ont comblé, aux funérailles divines , la coupe de leur orgueil... La nature en émoi tressaille pour son Dieu. Mais la paix est dans les cieux; Dieu vit, mais il est mort dans les âmes des docteurs réprouvés.

HYMIIES. 113

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