‹ Œuvres poétiques complètesChapitre 60 sur 161 · LE RESTE DES VÉRITÉS · texte numérisé non relu

LE RESTE DES VÉRITÉS

11 y a dans l'Ecriture plus de vérités encore ; mais celui qui veut s'en instruire n'a qu'à devenir Évangile lui-même ; il les retrouvera écrites dans son âme.

çuandt era in parte altf uom da quel ek'io sono.

( Petrarca.)

RËMINISGERE.

Laure! te souvient-il encore de ces douces années du jeune âge^ lorsque^ n'étant occupés que de nous seuls^ nous vivions indifférents au reste de l'univers?

Rappelle-toi ce frais réduit tressé des branches verdoyanles du jasmin ; ce ruisseau qui serpentait sur le pré avec un doux muhnure ! Cest là que le voile amoureux de la nuit a souvent protégé nos mutuds aveux.

Et la lune 9 bercée sur un nuage d'opale > éclairait les boucles dorées de tes cheveux et les neiges de ton sein^ en ajoutant un charme tout céleste à tes attraits!

Alors une douce extase s'emparait de nos cœurs ; mes lèvres effleuraient tes lèvres, mes regards se fondaient dans tes regards : mes larmes cherchaient tes larmes et mes soupirs tes soupirs ^<!

VUno, 1822.

HO ^ POESIES DIVEBSE8.

A UURE.

A peine t'ai-je aperçue^ qu'aussitôt^ rougissant^ je cherche dans un regard étranger une connaissance d'autrefois ; je vois la rougeur épanouie sur ta joue répondre à la mienne, comme sur le sein d'une rose que le matin aurait dévoilée.

A peine as-tu commencé ta chanson, que mes yeux se remplissent de larmes; ta voix pénètre dans mon cœur et s'empare de mon âme : il me semble que l'ange m'appelle par mon nom et sonne l'heure du salut sur le cadran des cieux.

0 mon amie ! si ma voix, si mes regards peuvent t'émouvoir, que les tiens ne craignent pas de me l'avouer; peu importe que le sort et les hommes nous soient contraires!

Si je dois te fuir et f aimer sans espoir, si de terrestres fiançailles enchaînent ta main à un autre , conviens au moins que Dieu m'a fiancé ton àme^*!

ni.

Je me parle à moi-même, je me trouble en parlant a?ec d'autres, mon cœur bat violemment, Tair manque à ma poitrine ; je sens des étincelles sous ma paupière et la pâleur sur mes traits : plus d'un indifférent s'informe tout haut de ma santé.

On fait sur maraison des commentaires à l'oreille du voisin. C'est ainsi que je me tourmente tout le jour; et quand je tombe sur ma couche, espérant dérober à mes souffrances un instant de sommeil , le cœur allume dans ma tête des fajitômes ardents.

Je m'élance, je cours , j'enchaîne au hasard les paroles

avec lesquelles je veux maudire ta cruauté ; et puis je les oublie un million de fois.

Lorsque je te revois^ je ne sais comment il se fait que je deviens plus calme et plus froid que le marbre, pour brûler de nouveau et me taire toujours !

Ton maintien n'est pas étudié, tes paroles ne sont point recherchées, tes joues ni tes yeux n'ont rien d'éblouissant; et chacun veut te voir, veut entendre le son de ta voix : bien que sous les vêtements d'une bergère, on devine que tu es reine.

Hier, les chants et les bruyants entretiens avaient commencé ; on se demandait les noms de tes jeunes compagnes , celui-ci leur prodiguait des louanges, celui-là. leur lançait des épigrammes : tu parus, et soudain tout garda le silence.

Ainsi, au milieu de la fête, quand le trouvère invite les voix à se joindre en chœur à la sienne, quand les cercles dansants festonnent la salle de mille détours capricieux, tous s'arrêtent interdits ;

Personne ne sait pourquoi : u Je le sais, moi, dit le poète, c'estun ange qui passe. » Tous rendirent hommage à l'hôte divin, mais bien peu l'ont reconnu.

Page 1