LE RENDEZ-VOUS AU BOSQUET
« Cestdonc toi? si tard ! — Je me suis égaré dans la forêt, au vague rayon de la lune. Mais étais-je attendu avec in-
quiétude? pensait-on à moi ? — Tu le demandes^ ingrat ! et puis-je donc songer à autre chose?
— Laîsfee-m6i couvrir les mains et tes pieds de baisers. Tu firémis! et pourquoi? — Je ne sais ; quand j'errais dans le bosquet^ le murmure des feuilles^ le cri des oiseaux de nuit^ tout me faisait peur. Oh ! je dois être coupable puisque j'ai de la crainte.
— Vois mes yeux, vois mon front; le crime marche-tril jamais avec un front pareil? le remords a-t-il tant de sécurité dans les regards? Grand Dieu ! sommes-nous coupables d'être ensemble ?
(( Assis loin de toi, et te parlait à peine, je me comporte avec toi, mon ange terrestre, comme si tu étais déjà devenue un ange des cieux ! »
L'hypocrite nous condamnera, le libertin se rira de nous, que, bien qu'entlronnés de murailles solitaires, toi étant si jeune, et moi si amoureux, tu verses des pleurs, et moi je: baisse les regards ! '
Je me défends contre ta beauté ; tu veux exiler même Tespiéranoe, en faisant à toute heute sonner les chaînes dont le sovt ennemi tious* a lié les mains. Ce qui se passe dans nos cœurs, hélas ! nous l'ignorons nous-mêmes*
Est-ce douleur, est-ce volupté? Lorsque je sens l'étreinte de tes mains, que sur tes lèvres je bois la flamme vive, puis-je donner à cela le nom de peine?
Mais lorsque les pleurs viennent inonder nos joues, lorsque notre âme s'exhale en douloureux soupirs, ô mon amante! puis-je donc appeler cela volupté?
SONNETS.. , |4a
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MATIN ÇT SOIR.
Le soleil se lève à Torient dans une couronne de nuages enflammés; à Toccident, la lune voile sa face pâlissante : la rose tourne vers le soleil ses boutons à peine épanouis, et la violette à genoux s'incline sous les larmes du matin.
Laure paraît à la croisée, toute rayonnante; je me jette à genoux sur le perton. Tressant les nattes de sa blonde chevelure : u Pourquoi, me dit-elle, avez-vous ce matin les yeux si tristes, la lune, la violette et toi, mon amant? »
Le soir, je viens admirer un spectacle nouveau. La lune est revenue, les joues pleines et colorées ; la violette à soulevé ses feuilles ranimées par la brise du couchant :
Moa amante reparaît à la croisée avec un vêtement plus beau et le regard plus limpide. Moi, je me jette de môme* à genoux, encore plus triste que le matin!