‹ Œuvres poétiques complètesChapitre 7 sur 161 · DE LA SECONDE EDITION. XXV · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE EDITION. XXV

réa lise le espérances de ses amis et compatriotes ; tour à tour ingénieux et profond, érudit comme un antiquaire allemand, plein de fougue et dHaaagination comme un fils de l'Orient qu'il est, sondant d*un œil divinateur le passé des nations enseveli dans les ténèbres des âges» ou s'éle vaut aux plus hautes considérations de philosophie et de morale» il a déployé la double qualité de pro« fBsseur éminent et de poète inspiré, d'analyste et de créateur. Déjà de nombreux élèves se pressent autour de lui ; la salle primitivement assignée à son cours est devenue insuffisante pour contenir son auditoire, composé de Français et de Slaves de tous les noms et de toutes les couleurs : depuis le jaune pale des peuples ouraliens» gens fiava, d'aprèa Tappellation de Tacite » jusqu'à la nuance fraîche et colorée des plaines de la Mazovie et la carnation vigoureuse des habitants de l'Ukraine. Des notabilités littéraires de toute sorte se donnent à Tenvi rendez-vous à Tamphitéâtre de Miçkiewicz ; M. Ampère, à peine descendu de sa chaire » vient à son touPv bénévole auditeur, s'asseoir parmi ses élèves, et prodi< guer à son successeur les témoignages d'une sincère et non-équivoque admiration : M. de Montalembert, M. de Salvandy, M. Michelet, M. Sainte-Beuve, George Sand , tell es sont les personnes qui Tiennent s'emparer, au nom de la civilisation, de ce nouvel hémisphère de la pensée que le savant polonais est chargé de lui découvrir. Désormais le peuple français et le peuple slave s'étreiiidront plus intimement encore qu'ils ne l'ont fait jusqu'aujourd'hui sur tous les champs de bataille; on pourra dire avec justice : « Plus d'Allemagne! » puisque les barrières infranchissables qui séparaient ces deux grandes races, savoir, la difficulté de la langue et la disparité des mœurs, vont bientôt, grâce aux efforts de Miçkievi^icz, être anéanties pour jamais.

Le recueil que nous annonçons aujourd'hui est particulièrement destiné à ceux d'entre ses élèves qui voudraient s'initier davantage an mystère slave et acquérir une connaissance plus approfondie d'une langue parlée par soixante-dix millions d'individus. Où pourront-ils mieux le faire que dans les ouvrages du professeur, dans ces écrits qui ont exercé sur la destinée des Slaves une influence toute providentielle ? Le cours même de Miçkiewicz, nous pouvons l'affirmer d'avance, ne peut être parfaitement compris que par ceux qui seront familiarisés avec la manière du professeur ; qui auront suivi dans ses écrits la pente ascendante de l'idce inspiratrice, qui fut une idée de patriotisme. C'est là que le poète a consigné, presque jour par jour, le résultat de ses impressions ; qu'il a déposé le germe de ces mouvements sublimes qui au-

XXVI PBÀPAGfi DÉ LA SEGONBE EDITION.

joardlmi électrisent et suspendent à ses lèvres tout on people de jeunes et ardents élèves.

M. Ostrowskiy dont le pnblic firançais à été à méoie é^êffré*' der le talent dans des comfVositioDs ôrigîoides» s'est départi eette fois de son individualité pour servir d'interûiédiaîre entre Miçkiewict ef son audRoire ; ses poêoiesy traduits en firançus» seront le plut noMe plaidoyer qui puisse être prononoé en faveur d^ime eaose sainte aux yeux des hommes honuéles de tous le^ partis : et «"esl à eette tâche patriotkiue que le tradneteur-poète a eonsacré ses plus énergiques tfav^ux. Cette publieatiofl» si nous sommes bien informés» doit servir de base et de point de départ à une série de publications analogues ; qui, tout en appuyant par des exemples les préceptes de Miçkiewicz, leur serviront de coaBfrfément, et se* ront eu même temps Tineamalion vivante de sa parole.

Hippoi.YTK Lucas.

PRÉFACE

DE LA TROlfflÈME ËDITION.

«N'a-t-on pas dU etrép^é que dam la deralére guerre entre la Pologne et la Rnssie il n*y a que le peuple qui ait fait son devoir? Et ceux qui yo»> draient réformer le peuple avouent n'avoir pM aocompUleleur!... M

( MiÇKiEWicz, VÉglise q^ficielle et h Mes-

gianitmêt p. 238. )

Quand nou9 écrivions la première préface placée en tête de ce volume» Miçkiewicz> notre podte natiopal, venait» au nom de tous les peuples slaves, prendre possession de cette chaire nouvelle que réclamaient tant de souhaits, qu'environnaient tant d'espérances. Nous croyions alors» avec tous ses amis et ses compatriotes» que la pensée skve, comprimée partout ailleurs» pourrait enfin se produire librement à la face de l'univers ; que les larmes et les gémissements de soixante-dix millions d'opprimés, les plus à plaindre de tou8,car ils se souviennent d'avoir été libres, auraient enfin un écho dans le cœur des nations. Pour Miçkiewicz lui-même , chargé d'un si haut emploi» et qui seul à nos yeui^ était digne de l'exercer» nous attendions un glorieux avenir de travail... nos prévisions ne se sont pas réalisées. Apres quatre années d'existence *» la chaire slave a Ûé fermée; et son auditcMrea dû se séparer avec la douleur d'une attente déçue» avec le regret d'un rêve évanoui. Traducteur de ces Œuvres poéti^uef» auxquelles depuis nos premières années nous devons tant de délicieuses émotions, il ne nous appartient pas de juger les tendances nouvelles de Miçkiewicz ; nous ne pouvons que repoqsser loin de nous toute solidarité avec ces tendances aboutissant au MtssiafMsme : nous ne pouvons que déplorer un tel état de choses, que la suspension de son eours a dû être considérée par tous comme une nécessité. Se peut-il

* Do 22 décembre 1840, an 28 mai 1844.

XXYIII PBÉFACE

qu'une aussi belle intelligenoe» que la persécution, Texil» tous les malheurs publics et privés, n'ontpu ternir un instant, soit devenue le jouet d'un intrigue infâme ? Se peut-il que lui, le premier entre ses frères , il se soit résigné à n'occuper qu'une place secondaire dans cette prétendue religion dont un charlatan est le prophète, et probablement le tzar Nicolas le dieu ? qu'il ait de son plein^gré consenti à échanger son beau laurier de poète contre la verveine du nécromant ? Gela semble inadmissible, incroyable, absurde; et cependant cela est. Dans un de ces moments de dépression et d'affaissement auxquels le génie échappe encore moins que tout autre, les convictions de Miçkiev^icz ont été surprises et perverties ; un piège grossier, ourdi par des mains mercenaires, a été tendu sous ses pas : et, disons-le avec la rougeur de la honte au visage, avec le sentiment de l'amitié méconnue, Miçkiewicz n'a pas su l'éviter. Les artisans de ce piège, nous les connaissons tous ; un jour nous les si gnalerons à l'indignation publique, qui les entachera du stigmate d'infamie *.

En voyant ces choses, la plume nous est tombée des mains ; nous avons interrompu notre travail commencé avec amour et dévouement : nous avons attendu que le professeur- poète, mieux inspiré, revint au véritable objet de son enseignement. Aujourd'hui, lorsque les intrigues dont Miçkiewicz a été la première et la plus éclatante victime ont porté leur fruit, nous ne pouvons passer sous si' lence des faits qui sont à la connaissance de tous ; et nous accomplirons notre tâche pénible d'historien comme on acquitte une dette onéreuse.

Quand un génie d'un ordre aussi élevé déchoit de la place que la main de Dieu lui avait assignée, combien d'esprits inférieurs, égarés par un noble sentiment, celui de l'admiration, sont fatalement entrainés dans sa chute ! Le chef de la nouvelle religion arrive à Paris, muni d'un passe-port du cabinet russe, les deux mains pleines de folles prophéties et de promesses illusoires. Aussitôt quelques-uns des plus dignes exilés , dans les âmes desquels le temps et la souffrance ont exercé de plus grands ravages , se font les apôtres et les séides du messie orthodoxe. De faux prodiges,

* Nons pourrions les nommer aujourd'hui, lorsque leur chef, André To* wianskfy vient, par on acte de soumission inimitée, de se dédarer vassal et sujet du tsar Alexandre II; c'est d'abord le JtfoCfre, ancien pharmacien lMrlN>x riste de Vilno, qui arait fait de maaraises afPaires ; c'est un médecin bomœopathe et magnétiseur; c'est le commis-libraire de notre poète, aujourd'hui premier homme d'affaires d'un prince russe résidant à Paris. Les autres ne raient pas la peine d'être cités.

DE LA TBOISIBMH EDITION. JLXIX

et qui ne soot que dei phénomènes physiologiques» sont déployés à leurs yeux ; de maleneontreuses prédictions réalisées par le hasard sont répandues : et tous ces fanatiques de battre des mains et de crier au miracle t On pubKe un écrit qui doit être la Genèse de cette foi nouyelle, la Cène, et qui n'est qu'un amas informe de rêveries talmudiques déjà vieilles du temps de Jacques Bœhme et de Swedenborg. On fiût placarder une lithographie, le portrait de Tempereur Napoléon, dans le costume d'un rabbin israélite. Tout cela n'est que risible; nais ce qui l'est beaucoup moins, c'est la révolution <somplète qui s'opère dans les idées et l'enseignement de Biiçkiewioz. Dès lors, tout est changé ; ce n'est plus ce coup d*oeil synthétique, cette belle faculté de généraliser qui distinguait ses premières leçons ; mais une improvisation fougueuse sans méthode et sans suite :des phrases contradictoires, échappées comme au hasard et souvent contre le gré du professeur. C'est une grande pensée toujours sur le point d'éclore ; c'est une grande révélation qui ne peut prendre chair, et pour cause : cette pensée n'est rien, cette révélation n'existe pas, c'est une énigme sans mot, c'est le Messianisme *.

Dès la troisième année de son cours, Miçkiewicz se pose en médiateur entre la Russie et la Pologne, entre l'Europe et l'Asie, entre la civilisation et les barbares ; et de là , il entreprend de juger avec impartialité l'un et l'autre hémisphère. L'impartialité ! ce mot sonne d'une manière au moins bien étrange dans la bouche du philarète de Vilno, du proscrit de Krimée , du chantre de Konrad Wallenrod; et pourtant ce mot se retrouve à chaque page dans le. recueil de ses leçons, que l'on vient de publier sous le titre de VÉgliêe offlciêUeet le Messianisme, Cependant, ni les élèves qui se près* saient autour de la chaire slave, ni même le gouvernement qui l'avait érigée, ne réclamaient de sa part une telle abnégation. Ce n'est point sans une vue politique , sans un dessein inavoué, qu'il la conférait à un Polonais, et non pas à un Russe, ou,ce qui serait assurément plus grave, à quelque savant de Bohême subventionné par laRussie. « n est un point de vue élevé , dit Miçkiewicz , à la hauteur duquel ndée polonaise et l'idée russe pourront se réunir et se réconcilier ». Nous protestons de toutes nos forces contre cette assertion ; les massadres de l'Ukraine , de Praga et d'Oszmianase dressent entre elles, avec leurs flots de sang répandu, avec leurs vengeances

-* Ce terme noaTema, inventé par Hœné Wrontki, le eélèhre mathématicien^ ■icnilte dan* le lURa^ dei adeptes : c Le développeiKent Mai du ehrittio' ni$mé par i'esprii de dtvinatiçn et la nMlempjycoM. t 11 ■> a pas bien loin, de là anz fables parlantes et tournantes de M. Home.

l^XX PAÉFÀCE

et leurs malédioUeQB : oekii qoi voudrait les réoencUier, les réuoiTt serait uo insensé 1 Si même , nous autres Polonais , si nous pouvions vouer à l'oubli tout le passé, si nous pouvions , comme le Christ, pardonner à nos bourreaux , enxHDémes pourraient-ils oublier, pardonner tout le mal qu'ils nous ont fait ? Leurs pères , pendant trois siècles^ ont égoi^ nos pères. Oh ! non , rien ne saurait nous réconcilier, nous réunir jamais ! Mais s'ils veulent laver leur honte séculaire» écarter de leurs fronts l'anathème d'esdavage, qu'ils osent détrôner leur tyran et le nôtre ; qu'ils aient le courage d'être libres un seul jour, comme nous l'avons été dix mois en 1831, et qu'ils viennent après nous parler de réconeitiation et de fraternité : jusque-là, pokit de trêve, point d*aHiance entre nous! Les Russes voudront*ils jamais redevenir des hommes? oseront-ils brisé* leurs chaînes P eux , façonnés à la servitude par dix siècles d'une muette et passive obéissanœ? La Russie, Kl>re? non, non! nous ne le croyons pas, nous ne Tespérons pas!

On Va dit mille et mille fois : pactiser avec ces barbares , {outer avec eux de ruse ou de perfidie, c'est leur céder la victoire sans combat. Le Messianisme, tel qu'il a été foemulé par Miçl^iewicjs, ne sert que les intérêts du tzar. Dans l'orient de l'Europe, où la religion est encore à peu près la seule institution bien établie, toucher à ce tabernacle sacré c'est porter atteinte à la base même des nationalités. La race slave tout entière , comme l'a très-bien dé« montré M. Cyprien Robert dans la Bevui da Deux*Monde$^ m compose, en effet, de deux grandes familles : les Gréco-Plates et les Slares^romains. La première est plus forte , matériellement , par le nombre et par l'organisation ; elle reooonalt pour son enseigne le schisme , et pour son souverain le tzar de Russie. La seconde lui est infiniment supérieure par la civilisation et le caractère ia- (Qviduel; elle reconnaît pour son centre la Pok^ne, et pour aon drapeau la foi catholique. Lui enlever en ce moment ce labamm , ébranler ses croyances religieuses » ce serait.la faire douter d'elle* même; ce serait la livrer en pâture au despotisme , la jeter sans défense sous les pieds sanglants de Nicolas. Laquelle de ces deux croyances doit prévaloir dans l'avenir ? voilà toute la question slave réduite à sa plus simple expression. La tentative ip Miçkiewicz était donc avant tout prématurée, intempestive, lia compris, avec son siècle, que le passé ne suffisait plus; et, comme tous les esprits ardents qui s'intéressent aux grandes questions de l'humanité , il s* est mis à la recherche d'une loi nouvelle qui résumai les bespins moraux des temps à venir : c'est fort bien, et nous ne pouvons que Tapplaudir dans celte direction. Mais un visionnaire,

DE LA. TAOiSIEME EDITION. XXXI

un œédicastre , un fourbe, les héros de Taveuir, les coulinuateurs de Messie? oh ! quant à ce poinl, nous <)i(réroas essentiellement. Ce n'est pas en exhumant de la poussière des écoles le fantôme hideux du mysticisme , avec son linceul de formules creuses et de subtilités, que Ton parviendra à refaire la loi de Taventr. C'est ailleurs qu'il faut la chercher ; c'est dans la gravitation spontanée des peuples vers l'unité primitive, au nom de leurs droits et de leurs devoirs OMitnels ; c'est dans la meilleure méthode pour donner à chacun d*eux la plus grande somme de sagesse et de bonheur dont il soit capiMe de jouir : c'est, en un mot, dans une grande fédération skwo-r&numo'gfrmaniquêy qui comprendrait tous les peuples des trois races chrétiennes, et qui porterait le nom, proposé par nous, dTÉTATs-UNis d'Europe. Ceux qui leur tiennent un autre langage, ee so»t les faux prophètes qui les égarent et les aveugles fanatiques qui propagent leurs doctrines.

Disons-le cependant à la glohre de l'Émigration polonaise ; le bon sens qui la distingue a repoussé ces lugubres utopies : comme il avait renié les prétentions absurdes de ceux qui voulaient, au sein mèflM de l'exil , ériger une (àmille soi-disant jagheHonienne en monarchie héréditaire. Nous ne sommes pa& des rêveurs et des sectaires; la patrie n'est point pour nous un mythe, une abstraction , mais la plus positive des réalités. Miçkiewicz a dâ s'apercevmr d'ailleurs, au peu de succès de sa prédication, que de pareilles idées n'ont pas cours en France et n'y peuvent être considérées que comme objet de curiosité. Au delà du Rhin elles auraient eu pent-être quelques chances de réussite. C'est ainsi que le Messianisme slave , abandonné par l'Émigration , s'est trouvé drconsorit dans un cénacle composé de quarante<^atre illuminés , nombre cabalistique des adeptes du faux prophète *,

Toutefois, un Bial immense a été faÀ à fÉrtigration ; le but de ceux qui voulaient la paralyser en la divisant, qui voulaient la sé< parer de MiçkiewiCK , son &me et son hiterprète , a été pleinement obtenu. •< Ils m'ôteront les fers des mains et des pieds, disait le poète des Aïeux (page t95 ), mais ils mêles feront peser sur l'Ame. Moi , poète , errer seul au mUieu d'une foule étrangère, d'une foulée ennemie, qui de mes chants ne saisira rien, qu^un bruit vague et confus! Les inf&mes ! c'est la seule arme quils n'aient pu m'arracher;

* c Comment ▼onlez-Tons qae je fasse ane religion arec qaatre cents hommes? » disait Napoléon à Laréreillère-Lepeaux, le chef des théophilantkropes. H eat vrai qae le Clnrlst a feit la deane avee doase apôtres; mais pour base de leur apostolat 11 leor a, iégni rÉyaosile.

XXXU PaEFACB

mais ils l*ont briâée, g&tée entre mœ mams.*. Vivant, je serai mort pour ma patrie!... » 11 importait en effet à nos ennemis que eetle chaire , qui était en quelque sorte pour nous une patrie intellectuelle, î(à rendue impossible; que les cris de détresse d'une nation maKyre fussent étouffés dans les profondeurs des mines , dans les ténèbres des cachots. Il leur importait surtout que cette lyre, si chère à la Pologne, fût brisée à jamais. Miçkiewicz, comme tous les grands poètes depuis Orphée , devint la proie de Tenvie et de la corruption ; l'artiste de génie a été tué par les imposteurs et les ménades. Anathème à ceux qui n'ont pas craint de lui dérober son laurier, pour le vendre feuille à feuille aux agents -de la tyrannie ! Que leurs noms, couverts d'exécration, comptent désormais parmi les noms honteux et maudits de l'humanité 1

Le cours a cessé; et soudain quelques journaux de s'écrier que, puisque le professeur ne parlait que de Messianisme , la littérature slave n'existait pas. Admirable conclusion, digne de la verve railleuse de la petite presse parisienne! La littérature des quatre idiomes slaves , pris séparément , ne peut en effet entrer en lice avec les richesses poétiques des langues du Midi ; mais ces idiomes ne composant qu'une seule et même langue, leurs trésors réunis, forment un code littéraire aussi complet, aussi varié que celui d'aucune langue existante, ancienne ou moderne. Dans un établissement comme le collège de France, parmi tous les dialectes vivants ou morts dont les noms à peine sont parvenus en Europe, comme l'arménien , le copte, le tatare-maodjour, etc., la langue slave ne pouvait être la seule oubliée. Cette langue est parlée, depuis les bouches du Gattaro jusqu'au détroit de Behring , par une race qui , seule entre toutes , élève aujourd'hui des prétentions de conquêtes. Qu'on y prenne bien garde ; ces masses for-, midables, si vous négligez d'y porter la lumière civilisatrice, si vous ne savez pas vous associer à leur mouvement de régénération et de puissance, viendront eUes-mémes vous apprendre leur rude langage, qui sera alors, comme l'a dit Miçkiewicz en commençant son cours : « la langue de la domination universelle I n

Les Œuvres poétiques que dou^ publions aujourd'hui attestent ce que Miçkiewicz aurait pu devenir si son génie avait pu recevoir tout son développement. Ceux qui l'ont exalté optre mesure sont les premiers à lui jeter la pierre de l'outrage; qu'il réponde à leurs sarcasmes par un de ces chants inspirés comme les Aïeux ou Wallenrod, qui font vibrer les entrailles de tout un peuple. Pour nous, qui n'avons été ni ses séides ni ses détracteurs» mais ses constants et sincères amis, nous lui orions du fond du cceur ^

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