‹ Œuvres poétiques complètesChapitre 84 sur 161 · MYSTÈRE · texte numérisé non relu

MYSTÈRE

LA VEILLÉE DES MORTS

Tout est morne 9 il fait noir! qu'allons-nous voir, qu'allons-nous voir ?

LE MAGE

Fermez les portes de la chapelle, et rangez-vous en rond autour du cercueil; éteignez les lampes et les cierges, suspendez des linceuls aux fenêtres : que la pâle clarté de la lune ne puisse pénétrer à travers les fentes. Courage, et hâtez-vous.

LE VŒaLARD.

Il a été fait comme vous l'avez ordonné.

CHOEUR

Tout est morne, il fait noir! qu'allons-nous voir, qu'alions-nous voir?

LE MAGE

Ames du purgatoire, quelque contrée du monde que vous habitiez , vous qui brûlez dans la poix bouillante , et vous qui grelottez au fond des rivières, et vous qui, par un châtiment plus sévère, emprisonnées dans un jeune arbre, pleurez et gémissez quand Tardeur du poêle vous consume, accourez chacune au rendez-vous l Nous célébrons ici la

fête des Aïeux ! Descendez dans Tenceinte consacrée ; voici des aumônes^ des prières : voilà des liqueurs et des mets.

CHOEUR

Tout est morne, il fait noir! qu'allons-nous voir, qu'allons-nous voir?

Donnez-moi cette poignée de bourre ; j'y mets le feu. Vous, aussitôt que la flamme aura jailli, chassez-la d'une légère haleine... Bien, c'est cela; plus loin : encore! qu'elle se consume en l'air.

CHOEUR

Tout est morne, il fait noir! qu'allons-nous voir,qu'allonsnous voir?

LE MAGE

Vous d'abord, esprits aériens, qui, sur ce vallon de pleurs et de travail, de ténèbres et d'orages, de même que celte flamme, n'avez fait que briller et disparaître; vous qui volez au gré des vents sans pouvoir franchir la porte des cieux, par ce signe lumineux et léger nous vous invoquons, nous vous adjurons : paraissez !

CHOEUR

Parlez, que vous faut-il? Avez-vous faim? avez-vous soif?

LE MAGE

Regardez! regardez au-dessus de vos têtes! Qu'est-ce donc qui brille sous la voûte? Voyez! deux enfants secouent leurs ailes d'or. Comme deux feuilles portées sur un même zéphyr, ils toiimoient dans la coupole du temple; comme deux colombes jouant sur une même branche, les deux petits anges poursuivent leurs charmants ébats.

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