‹ Œuvres poétiques complètesChapitre 83 sur 161 · LE VAMPIRE · texte numérisé non relu

LE VAMPIRE

Ame réprouvée! pourquoi viens-tu rallumer la flamme de la vie au sein glacé d'un cadavre enfoui dans la terre? Je ne te voyais plus, odieuse lumière, et tu viens encore m'apparaître!

0 châtiment terrible et trop mérité ! la voir de nouveau la reconnaître et l'abandonner! ce que j'ai souffert, le souffrir tous les ans ! et mourir comme je suis mort !

Afin que je puisse la retrouver après une si longue absence, il me faut traverser la foule. Peu m'importe comment j'y dois être accueilli; car, vivant, j'ai connu toutes les souffrances.

Quand elle me regardait, je devais, comme un criminel, détourner les yeux; chaque jour j'entendais sa voix, et chaque jour je devais me taire comme le bois muet du cercueil.

Alors mes jeunes amis se riaient de mot ; ma tristesse , ils l'appelaient folie, exaltation : les plus âgés me quittaient en haussant les épaules, ou m'obsédant de leurs sages avis 9«.

Conseillers et rieurs m'étaient également indifférents ; et pourtant moi-même, aussi peu charitable que les autres, je me serais scandalisé d'une excessive ardeur et moqué d'un amoureux martyre.

Un d'entre eux s'imagina que, par mon amour, j'offensais son orgueil héréditaire ; toutefois il dut céder à la courtoisie , à la nécessité : il feignit de ne pas me comprendre 99.

LA VEILLÉE DES MORTS. 171

Moi , fier de l'avoir pénétré , sans être interrogé , et bien que sachant me taire, je parlais librement; et lorsqu'il répondait, je feignais aussi de ne pas le comprendre.

Mais on ne pouvait me pardonner mon crime ; à peine pouvait-on retenir l'outrage prêt à s'échapper, appeler le sourire sur des traits allumés par la colère : tandis que les yeux portaient l'expression d'une pitié mal dissimulée.

A lui seul je n'ai jamais pardonné. Néanmoins jamais une plainte n'a déshonoré mes lèvres; jamais elles n'ont daigné jeter une parole de mépris, lorsque je lui répondais aussi par un sourire.

Tout cela je vais l'éprouver aujourd'hui, si du sein des ombres je dévoile mes traits sauvages à ce monde étranger; les uns me poursuivront de leurs exorcismes,les autres fuiront épouvantés.

Tel me froissera de son risible orgueil, tel autre m'accablera de ses condoléances, tel autre me saluera le sarcasme dans les yeux. Ne m'adressant qu'à une seule, pourquoi dois-je étonner ou blesser tant de monde?

Arrive que pourra , ma route est tracée ; sourire pour sourire et mépris pour mépris. Pourvu que toi seule, ô mon amante , comme autrefois , tu daignes m'accueillir !

Un coup d'oeil , une seule parole ! pardonne si j'ose encore revenir à toi ; fantôme du passé, si j'ose troubler pour une heure le bonheur présent.

Tes yeux, accoutumés au soleil des vivants, verront peut-être sans crainte une tête de mort ; peut-être daigneras-tu jusqu'au bout écouter la voix du tombeau.

Et suivre sur les pages du souvenir des pensées vagabondes : semblables à la liane rampante qui promène ses festons printaniers sur des monceaux de ruines.

Deux enfants. — Lucette.

Un mage. — Un vieillard. ^ Gustave. — Une bergère. — Choeur de paysans et de paysannes.

Un damné. — Un cohbeau. — Une chouette. — Choeur d'oiseaux nocturnes.

Une cbapeUe ndiiée en Lithoanie, vers miiMiit.

LES aïeux.

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