LE DAMNÉ
Pas de secours, pas de soulagement pour moi! C'est en vaio que tu me présentes des coupes et des mets : tout ce que tu me présentes, les oiseaux de proie le dévorent. Non, ce n'est pas pour moi qu'est la fête des Aïeux ! C'est ainsi que je dois souffrir de siècle en siècle , ô justes châtiments du ciel! car celui qui n'a pas été homme une seule fois dans sa vie ne saurait être assisté parles hommes.
CBOEUR.
C'est ainsi que tu dois souffrir de siècle en siècle, ô justes châtiments du ciel ! car celui qui n'a pas été homme une seule fois dans sa vie ne saurait être assisté par les hommes.
LE MAGE
Puisque rien ne peut te secourir, va-t'en, âme pénitente. Et si tu n'écoutes pas la prière, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, vois-tu la croix sainte? Tune veux ni manger ni boire; laisse-moi donc en paix. Va-f en, va-t'en !
CHOEUR
Et si tu n'écoutes pas la prière, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, vois-tu la croix sainte? Tu ne veux ni manger ni boire; laisse-nous donc en paix. Va-t'en, vat'en ! ( Le damné disparaît. )
LE MA<>E
Maintenant, amis, enfilez cette couronne à l'extrémité de ma baguette. Je fais flamber l'herbe magique; monte, fumée, monte lumière !
MIÇKIEWIGZ. T. I. 16
fS2 LES aïeux.
CBOEUR.
Tout est morne, il fait noii I qu'allons-nous voir, qu'allons-nous voir?
LE MAGE
Vous y maintenant^ vagues esprits qui, sur cette vallée orageuse et sombre, avez passé parmi les hommes, mais loin de la souillure des hommes ; qui n'avez vécu ni pour eux ni pour le monde, semblables à cette verveine et à ces bruyères ne produisant ni fleurs ni fruits... L'oiseau n'ose s'en nourrir, et l'homme dédaigne de s'en parer; mais, tressées en couronnes odorantes, on les attache bien haut sur les parois du temple... aussi orgueilleux qu'elles furent vos seins et vos regards, ô filles de la terre 1 0 vous dont les ailes virginales n'ont pas encore franchi la porte des cieux, par cet encens et par cette lumière nous vous adjurons; paraissez !
CBCCUR.
Parlez, que vous faut-il? Avez-vous faim? avez-voussoif ?
Que vois-je ! Est-ce la sainte Vierge elle-même ou bien une angélique figure? Gomme l'arc-en-ciel qui s'abaisse en courbe légère du sein des nuages pour aspirer l'eau de la plaine >'»>, ainsi brille dans la chapelle cette douce apparition. Une robe blanche flotte jusqu'à ses pieds, sa chevelure joue avec les zéphyrs; un sourire colore son visage, mais ses yeux sont baignés de pleurs.
LE HLAGE ET LE VIEULARD,
Une robe blanche flotte jusqu'à ses pieds, sa chevelure joue avec les zéphyrs ; un sourire colore son visage^ mais ses yeux sont baignés de pleurs.
LE MAGE
Sa tète est couronnée de roses % un rameau vert s'agite
* Kraitiy, dans le langage populaire» veut dire rouge ^ rose ou joli ; une couroDoe rose laisse aisément supposer une couronne de roses.
LA VEILLÉE DES MOBTS. 183
dans sa main; devant die bondit nn agneau^ au-dessus d'elle voltige un papillon. Elle appelle sans cesse : a Viens viens, petit agneau ! Mais Tagneau s'enfuit à son approche. Elle poursuit le papillon avec son rameau; déjà, déjà sa main le saisit : hélas ! le papillon s'envole toujours.
LUCETTE, chantant, le suis Locette la riease ; Ma vie en jouant s'éooula Paissant mes montons ; toute heureuse Je dansais, je chantais, joyeuse :
La, la, la!
Thomas m'offrit deux tourterelles Pour un baiser qu'il me vola; Mais je disais , voyant leurs ailes :
Si je pouvais voler comme elles !
La, la, la!'
Pour moi Jean quitta sa chaumière , Joseph à mes yeux sïmmola; Mais de Joseph et de son frère Je me riais, sauvage et Hère.
La, la, la!
Oui, c'est moi qui étais Lucette. Mon nom est bien connu dans ce village. Quoique jolie, je ne voulais pas me marier; et, ayant ainsi passé dans les plaisirs mon dix-neuvième printemps, je mourus sans connaître la souffrance ni le vrai bonheur. Je vivais parmi les hommes , mais en étrangère ; jamais ma pensée trop altière ne descendait sur la plage terrestre : tantôt elle poursuivait un zéphyr, une mouche dorée, une couronne de fleurs, jamais un amant. Je me plaisais à écouter les chansons et la flûte des bergers. Souvent, lorsque j'étais seule dans la prairie, je courais vers les troupeaux des pasteurs, qui célébraient mes attraits ; mais je n'en aimais aucun. Voilà pourquoi, après ma mort, je ne sais ce qui se passe en moi, je brûle d'une flamme inconnue; tout en jouant au gré de mon caprice, je vole où vole le zéphyr : rien ne m'attriste , rien ne me fait mal , et
je crée merveilles sur fflervcilles. Des rayons de Tarc-enciel je tisse mes écharpes ; des larmes diaphanes du matin je.forme des papillons^ des colombes... Toutefois^ je ne sais quel ennui mé poursuit et m'oppresse; j'attends quelqu'un au moindre murmure^ hélas ! et je suis toujours seule. Je souffre de me voir sans cesse emportée par la brise comme une plume légère. J'ignore si je suis de ce monde ou de l'autre. Si je veux toucher un objet, aussitôt le vent m'en éloigne; il me pousse en haut, en bas, de côté... CTest ainsi que^ flottant sur une vague éternellement agitée^ je ne puis me poser sur la terre , et je voudrais en vain m'élancer vers les cieux.
CHOEUR
C'est ainsi que, flottant sur une vague éternellement agitée, tu ne peux te poser sur la terre, et tu voudrais en vain l'élancer vers les cieux.
Que te faut-il, âme vierge, pour arriver au ciel? Veux-tu des chants pieux ou quelque douce friandise ? Voici des beignets, du lait, des gâteaux; voici des fleurs et des fraises. Que te faut-il, âme vierge, pour arriver au ciel?
LDCETTE.
Rien, il ne me faut rien. Que les jeunes gens accourent, qu'ils me saisissent les mains, qu'ils m'attirent à eux sur la tenre, et qu'un instant je puisse jouer avec eux.
Car qae chacan appreaoe et considère
Que, d*aprèt ud ordre éternel, Tel qui Jamais n*incHna vers la terre
Ne peut être admis dans le del i*^.