CHŒUR
Car que chacun apprenne et considère
Que, diaprés un ordre étemel.
Tel qui Jamais n*inclina vers la terre
Ne peut être admis dans le ciel.
LA TEILLBE DES MOBTS. 185
LE MAGE, à qœlqaes villageois.
C'est en vain que vous courez à elle ; ce n'est qu'une ombre vaine : c'est en vain qu'elle vous tend les bras. Voyez, le souffle du vent la repousse. Mais ne pleure pas , belle enfant; les arrêts suprêmes se dévoilent à mes regards : pendant deux années encore tu voleras seule au gré des vents, et puis tu franchiras la porte des ciéux. Aujourd'hui toute oraison te serait inutile; pars donc, et que Dieu te conduise ! Et si tu n'écoutes pas la prière, au nom du Père, du Fils et du Sa'mt-Esprit, vois-tu la croix sainte? Tu ne veux ni boire ni manger ; laisse-moi donc en paix. Va-t'en, va-t'en !
Et si tu n'écoutes pas la prière, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, vois-tu la croix sainte ? Tu ne veux ni boire ni manger; laisse-nous donc en paix. Va-t'en, vat'en ! ( La Jeune tille disparait }
LE MAGE
Maintenant, toutes les âmes à la fois et chacune en particulier, par une dernière conjuration je vous appelle! Pour vous ce léger repas; pour vous ces poignées de lentilles et ces graines de pavot dans chaque coin de la chapelle !
CHOEUR
Avez-vous faim? avez-vous soif? Prenez, prenez ce qu'il vous faut.
LE MAGE
Il est temps d'ouvrir la porte de la chapelle. Allumez les lampes et les cierçes; minuit est loin. Le coq chante; le terrible sacrifice est consommé : il est temps de commémorer les gestes des aïeux... Arrêtez!...
CHOEUR
Qu'estrce?
LE MAGE
Encore un spectre !
CHOEUR
Tout est morae^ il fait noir! qu'dllon&-nousyoir^ qu'ailons-nous voir?
LE MAGE, à une Tillageoise.
La bergère! là-bas, en deuil!... Levez-vous, car, j«^mc trompe bien, ou vous êtes assise sur un tombeau... De par le ciel, enfants, regardez ! N'est-ce pas le plancher qui s'entr'ouvre? un spectre livide apparaît; il tourne ses pas vers la bergère et s'arrête auprès d'elle; il tourne son visage vers la berçère, un visage pâle sous un pâle linceul et semblable aux frimas de l'hiver : il plonge dans ses yeux un regard morne et sauvage... Voyez, mais voyez son cœur! Quel est ce bandeau sanglant comme un ruban de pourpre ou comme un rosaire de corail qui ruisselle de son col à ses pieds? Spectre étrange ! De sa main il montre son cœur déchiré ; mais il ne dit rien à la bergère.
CHOEUB.
Spectre étrange! De sa main il montre son cœur déchiré ; mais il ne dit rien à la bergère.
LE MAGE
Que te faut-il, jeune âme ? Veux-tu des prières ou des aliments consacrés,? Voici du pain , du lait ; voilà des fraises et du fruit. Que te faut- il, jeune âme, pour arriver au ciel?
(Le spectre se tait)
CBOEUR.
Tout est morne, il fait noir! qu'allons-nous voir, qu'allons-nous voir?
LE MAGE
Réponds, pâle fantôme !... Muet, tu gardes le silence?
CHOEUR
Muet! il garde le silence?
LE MAGE
Puisque tu nous dédaignes, nous et nos gâteaux, va-t'en, et que Dieu te mène! Et si tu n'écoutes pas la prière , au
LA YEILLIB BBS MORTS. 187
Dom du Père , du Fils et du Saint-Esprit, vois-tu la croix sainte? Tu neveux ni boire ni manger; laisse-^oi donc en paix. Ya-t'en ^ va-fea ! ( Le spectre demeare.)
CICIUR.
Et si tu n'écoutes pas la prière, au nom du Père, du Fils et du SaintrEsprit , vois-tu la croix sainte? Tu ne veux ni boire ni manger; laisse-nous donc en paix. Ya-f en, va-f en !
(Le spectre demeure. )
LE MA6£
Grand Dieu I quel est ce fantôme ? Il demeure et ne répond pas!
ŒOEUR.
Il demeure et ne répond pas ! (Le spectre demeare.)
LE MA6E
Ame bienheureuse ou damnée, quitte ce. repas sacré! Voici le plancher enta^ouvert; va-f en par le même chemin : car je te maudirai par le nom du Seigneur. (Après i»e pause.) Arrière! fuis dans les marais et les bois! fuis, disparais pour réjternité!... Grand Dieu! quel est ce fantôme? Il se tait et ne disparaît pas !
CHOEUR
Il se tait et ne disparaît pas \
LE MAGE
Vaines prières! menaces vaines! il ne craint pas mes conjurations. Donnez-moi le bénitier de l'autel... Quoi! même Teau sainte est sans pouvoir! Le fantôme s'obstine à rester, muet, sombre, immobile, comme une pierre sur les tombeaux!
Le fantôme s'obstine à rester, muet, sombre , immobile , comme une pierre sur les tombeaux ! Tout est morne, il fait noir ! qu'allons-nous voir, qu'ailons-nous voir?
LE MAGE
Cela passe les bornes de l'intelligence humaine... Bergère, connais-tu cet homme?... 11 y a là-dessous quelque terrible
188 LBS AlBUX.
mystère. Ce deuil y de qui le portes-tu ? Ton mari , ta famille se portent bien pourtant... Eh quoi ! tu ne dis mot? Regardenous ^ réponds-nous donc!.... Es-tu morte^ mon enfant?.... Pourquoi souris-tu... poiurquoi?... Qu'y a-t-il en lui derisible?
CHCECJR.
l Pourquoi souris-tu... pourquoi?... Qu'y a-t*il en lui de risible?
tE MA«E.
' Donnez-moi Tétole et le cierge bénit. Je vais rallumer, je vais asperger encore. Sa lumière^ nos aspersions sont impuissantes ; rame réprouvée ne bouge pas. Emmenez la bergère ; condui8ez4a hors de la iehapelle. .. Pourquoi le regardes-tu... pourquoi?... Qu'y a-t-il en lui d'attrayant?
CHOEUR
Pourquoi le regardes-tu... pourquoi?... Qu'y a-t-il en lui d'attrayant ?
LE MAGE
JDieu ! le vampire a marché ! Partout où nous l'entraînons^ il la suit! Qu'allons-nous voir^ qu'allons-nous voir?
CHOEUR
Partout où nous l'entraînons^ il la suit! Qu'ailons-nous voir, qu'allons-nous voir?