‹ Œuvres poétiques complètesChapitre 94 sur 161 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

ViLNO, rueOttrobramska, dans le couvent des ftrèret batiliens, trans. formé en prison tf^tat. — La cellale d*uo prisonnier.

Mais donnez-vous de garde des hommes; car ils vous feront comparaître devant leurs assemblées, et ils vous feront fouetter dans leurs synafogacs.

(Matthieu, eh. X, v. i7. ) Et vous serez présentés, à cause de moi, aux gouverneurs et aux rois, poor leur servir de témoignage aussi bien qu'aux nations. (V. ta .)

Et vous serez bals de tous les hommes à cause de mon nom ; mais celui-là sera sauvé qui persé- Yértfa iusqu*^ la fin. ( V. m. )

Le prisonnier, appuyé contre une fenêtre, dort.

l'ange gardien.

Enfant insensible et pervers ! les mérites de ta mère en ce moQde y ses prières en l'autre ont longtemps préservé ton jeuneâge des peines et des tentations ; de même que la rose^ ange des jardins , fleurit le jour : et ^ la nuit^ son doux parfum préserve Tenfant endormi des insectes et de Tair malfaisant.

Que de fois ^ touché de sa prière et fort de la permission divine^ je suis descendu dans ta cellule! Porté sur un rayon de lumière^ silencieux dans les ombres silencieuses de la nuit ^ je planais au-dessus de ta tète... Quand la nuit te berçait y j'étais là 9 prèsde toi^ penché sur tes rêves passionnés^ comme un lis se penche sur une onde troublée. Parfois^ je

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désespérais de ton âme; mais alors ^ dans la foale des mauvaises pensées, j'en découvrais une heureuse : comme on aperçoit au milieu d'une fourmilière un grain d'encens lumineux.

A peine cette pensée de salut avait-elle éclairé ton âme , qu'aussitôt je te conduisais par la main dans les régions de l'éternelle splendeur, et je te chantais une chanson telle que les enfants de la terre l'entendent rarement dans leurs songes, et l'oublient plus vite encore à leur réveil. Je te prédisais ton bonheur à venir, je te portais dans mes bras jusque dans les cieux ; et toi, tu écoutais les célestes accords comme on écoute les chansons d'une oi^ie !

Alors, fils de la gloire immortelle , pour toi je me transformais en un spectre infernal et livide , afin de te châtier et de te remplir de frayeur; et toi, tu supportais la punition de Dieu comme le sauvage endure les tourments de Tennemi. Puis ton âme, en s'éveillant pleine de trouble mais aussi d'orgueil, semblait s'être abreuvée toute la nuit à la source impure de l'oubli. Tu traînais dans l'abîme le souvenir de ces mondes sublimes, comme une chute d'eau qui tombe dans un souterrain entraîne avec elle les feuilles et les fleurs de ses rives.

Alors je pleurais amèrement; je cachais mon visage dans mes mains, je voulais et n'osais plus retourner dans le ciçl : de crainte que ta mère, me rencontrant, ne me demandât des nouvelles de sa terre natale, de sa demeure et des rêves de son fils !

LE PRISONNIER, s'éveiUaot fatigaéet regardant par la fenêtre.

-* Le maUn.

Quand tu nous apparais, ô nuit silencieuse, qui donc ose te demander d'où tu viens? Quand tu sèmes les étoiles sous tes pas, qui donc peut en déduire ta route mystérieuse? Le soleil est couché , Toilà ce que disent les astronomes du haut de leur tour; mais pourquoi? Personne ne

répond I Les hommes et la terre reposent dans le sommeil et les ténèbres; mais pourquoi? Nul ne le sait! Ib s'éveilleront comme ils s'étaient endormis^ sans même en avoir le pressentiment ! Le disque du soleil ^ dans son retour quotidien^ ne saurait-il plus nous étonner par sa magnificence? Les ténèbres et la lumière se succèdent comme les avantpostes d'une armée ; mais les chefs qui les commandent^ où sont-ils?

Et le rêve?... Ah ! cette vie de l'âme, ce monde silencieux, sourd, plein de mystère, n'est-il pas digne des recherches des hommes? Qui mesurera son espace? qui comptera sa durée? Craintif est l'homme endormi, mais il s'éveille en riant. Les sages disent que le rêve n'est qu'un souvenir. 0 les savants maudits ! Ne saurais-je donc plus distinguer les songes de la réalité?... A moins qu'ils ne me persuadent aussi que ma détention n'est qu'un souvenir... • Ils disent que dans le sommeil le sentiment de la volupté et des souffrances n'est qu'un jeu de l'imagination. Les sots! A peine connaissent-ils par ouï-dire son domaine, et ils nous en content, à nous, poètes de l'avenir! Je le connais bien mieux , pour l'avoir habité ; j'en ai mesuré l'étendue , et je sais que le rêve est au delà de ses limites : que le jour deviendra nuit et la joie souffrance avant que le songe ne devienne souvenir et l'imagination fantôme !... ( n se coache et se relève encore. — H va à la fenêtre. ) Je ne puis reposer; ces songes-là m'effraient et me séduisent tour à tour. Ah ! combien ils me fatiguent! (ii sommeille.)

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