‹ Œuvres poétiques complètes de Adam Mic̜kiewicz, tr. du polonais, d'après l'édition posthume de 1858Chapitre 1 sur 36 · Oeuvres poétiques complètes de Adam Mic̜kiewicz, tr. du polonais, d'après l'édition posthume de 1858 · texte numérisé non relu

Oeuvres poétiques complètes de Adam Mic̜kiewicz, tr. du polonais, d'après l'édition posthume de 1858

Depuis un siècle entier l'Ordre teutonique n^tge* dans le sang des idolâtres; déjà le Prusse** esclave ou fugitif, dé&ertant la patrie , ne sauve que ses jours : le Germain , s'élançant à sa poursuite jusqu'aux frontières de la Lithuanie, le massacre ou le ramène dans les fers'.

Le Niémen sépare les Lithuanieiis de leurs ennemis. A droite on voit briller les faites des temples, on entend bruire les forêts profondes, asiles des dieux <; à gauche, sur une colline, on voit se dresser la croix, renseigne des Germains : son front se cache dans les cieux, et âes bras menaçants s'étendent sur la Lithuanie, comme pourétreindre toutes les terres de Palémon^ et les soumettre à sa loi.

D'une part, une foule de jeunes Lithuaniens, la panthère au front, l'ours à l'épaule, l'arc en sautoir et la main remplie de flèches, parcourent le rivage en épiant les manœuvres de l'ennemi^; à l'opposé, le cavalier teuton , immobile, armé du casque et de la cuirasse, Tœil fixé sur le rempart vivant des Lithuaniens, charge son mousquet et compte les grains de son rosaire.

Les uns et les autres gardent le passage. Ainsi le Niémen, jadis renommé pour l'hospitalité de ses rives unissant les

• Brodziç signilie passer à gué, a?o)r de Teaa Josqu'aax reins ; pervadere.

*" Le Prusse ou Borusse primitif, le Litliuaniea d'en deçà le Niémen. Toyez 1m notes historiques, à la fia du volume.

6 KONRAD WÀLLENROD.

deux peuples frères , est maintenant pour eux le seuil de Téternité; personne ne peut, sous peine de mort ou d'esclavage, franchir les ondes interdites. Seule, la liane delà Lithuanie, éprise du peuplier prugsique , grimpant le long des saules et deâ algues du Niémen, étend comme autrefois ses bras aventureux , et, traversant le&flotsd'une verte guirlande, sur le bord étranger va rejoindre son amant. Seuls, les rossignols des bocages 4e Kowno échangent comme autrefois leurs mélodies lithuaniennes avec leurs frères de la montagne deZapuszcza^; ou, prenant leur essor, se donnent rendez^vous dans le3 iles du fleu^ve.

Et les hommes? — Oh I les hommes se font la guerre !... L'amitié des Prusses et des Lithuaniens, cette vieille amitié 4. . ils Tout tous oubliée... Ua^xùouTf l'amour seul unit parfois deux êtres... Je connais encore deux amants!

JNiémônl bientôt des bandes forcenées, le fer et la flamme à la main, s'abattront sur tes ondes^ la hache dépouillera tes rives, respectées jusqu'à ce jour, de leurs verdoyantes couronnes. Le bruit des canons^Uera le .rossignol de tes bpeag^; la cJxaîne d'or, unissant tous les êtres di^ns la nature , sera brisée par U iiaine des peuples : oui , tout sera^épas^.l.*. .^i^is l^s co^prs des ajQa^n^s'umront encore dans ^ pliant du, fjornier Yaïdelpte *\

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