‹ Œuvres poétiques complètes de Adam Mic̜kiewicz, tr. du polonais, d'après l'édition posthume de 1858Chapitre 2 sur 36 · ÉLECTION · texte numérisé non relu

ÉLECTION

Le beffroi résonné au château èe Mari^nbourg 7 ; le canon gronde, le tambour bat. Cest jour de fête pour les cheva-

* Prononcez :Gapu8tcha. Ce nom composé signifie outre forêts , oûlredésert.

'* Le Faîdeloie^ le poôte, le prêtre ou le mage lithuanien. Voyez t. i, notes 95 et 223.

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KUKflQH. 7

liers croisés ; de toutes parts les komlfaours se hâtent vers la capitale, où, réunis en chapitre, ils amxmt à décider, après «voir invoqaéle Saiat-^^spi^^ 9 quelle poitrine il faudra décorer de la grand'croix, à quelles mains il faudra cooiier le grand gUûviQu^ Un jouir, puis un autre jour se passent en délibérations ; beaucoup de ehevaëers sont sur les rangs : tous d'une haute naissance et tous ayant foien mérité ^e rOrdre9. Cependant l'accord unanime .des frères désigne comme le plus méritant le nom de Konrad Wallemiod.

Wallenrod est un élrapger ; ittceami parmi les chevaliers, il avait ren^i^li d^à les cours lointaines de sa ^oire.*«. Soit à la poursuH^.du Maure sur -les monts de.Gastille, soit à la chaise dj^s vaisseaux musulmans sur les mers, toujours aux immi^irs rai^ dans la mêlée, le premier à l'assaut, le premii^ à Tatorda^, le premier aux tournois; s'il entrait en liée et daignai leyersa viâ^ière , persomie n'osait le combat^ à outrance : chacun, de bonne grâce, lui cédait la première :€^uronne< Ce .n'est pas seulemeint par le glaive que Wallenrod iUustrft.ses jeunes années $ mais aussi par de gravides Tiei^as cbcétiefines : la paavrelé, rhumilité et le mépris djaiaonde*

H,onrad m obereb^ V^h briller dans ia cobue des cours P9r m PMrli^r («s^qj^ia et:des mœurs {étégaotta; jwiaais pour un vil salaire il n'a vendu son épée aux barons en discorde. Ayant (^9^sé:Sia jeunesse da(ns l'auatérité du oloître, il déd,ai^^it j^s «iipip}{|udisHeineH^s de lia louie et les Mutos dig^itéSi. JAêiVie Âes récojQnpen.se$ .pU)sdaueefi.^t plusdignes, les 4))antsde^ lOiéii^^trels et les faveurs de laibeauté» ne 4oiicbaj^ §ue ^Uefl[i^t son 4me impénétratde* W^élenrod éçoutait^Jes tlaiiang^ avi^e.fmiie^, 1^ ietnit sur lés belles qu'un ^pegArd pnssager :et fuyait les do«u;: entretiens d'àmqur.

La nai^^vB i'^nraiitreUe fait insfenaibleelf hautain » ou le deviptriL^Y^l'^ge,?...» On ne ^ait; j/^une .encore^ fl fivait des

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cheveux blancs , et ses joues flétries attestaient déjà la vieillesse de la souffrance...

Cependant il ne se refusait pas toujours aux loisirs du jeune âge; parfois mêmê^ il écoutait avec faveur les causeries féminines : aux saillies des courtisans il ripostait par d'autres saillies, et jetait des myriades de compliments aux dames, avec un froid sourire, comme on jette des friandises aux enfants.

C'étaient de rares moments d'oubli... et soudain, quelque parole indifférente, vide de sens pour tout autre , éveillait en lui des mouvements passionnés; les mots patrie , devoir, amour, un trait aux croisades ou à laLithuanie, troublaient aussitôt la sérénité de Wallenrod : sitôt qu'il les entendait, il détournait la tête, devenait insensible à tout, et s'abîmait dans de mystérieuses rêveries... Peut-être, au souvenir de sa mission sainte, se reprochaiMl de profanes voluptés..! Mais il ne recherchait, lui, que les seules douceurs de l'amitié, et n'avait entre tous choisi qu'un seul ami, plus saint encore par sa vertu que par son ministère; c'était un moine aux cheveux blancs : il avait nom Halban. Lui seul partageait l'isolement de Konrad ; il était à la fois le directeur de son âme et le confident de ses peines. Bienheureuse amitié!... 11 est saint parmi les mortels celui qui a pu s'unir d'amitié avec les saints!

C'est ainsi que les chefs de l'as&emblée monastique exaltaient les vertus de Konrad; mais il avait un vice... et qui donc n'en a pas?... Konrad évitait les plaisirs mondains, Konrad haïssaitles bruyantes orgies; toutefois, seul, enfermé dans sa retraita^ se sentant dévoré de remords ou d'ennui , il en cherchait l'oubli dans les liqueurs ardentes. Alors il se transfigurait; une étrange rougeur empourprait son pâle et sévère visage, et ses grandes prunelles d'azur, mais dont le temps] avait terni l'éclat, jetaient les étincelles de leur feu d'autrefois; un soupir d« regi'et s'échappait de son sein, des

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