‹ Œuvres poétiques complètes de Adam Mic̜kiewicz, tr. du polonais, d'après l'édition posthume de 1858Chapitre 13 sur 36 · livre scellé des lois. Douze juges , revêtus de sombres ftr · texte numérisé non relu

livre scellé des lois. Douze juges , revêtus de sombres ftr

^ OHires^ se cachent dans les ténèbres aux regards de la foule,

inconnus l'un à l'antre ainsi que des fantômes. Librement

S et d'un commun accord tous ont juré de châtier les crimes

de leurs grands-maîtres , les délits scandaleux on secrets pour le monde. Une fois l'arrêt prononcé , un frère même ne trouverait pas grâce aux yeux d'un frère. Chacun iloit, par force ou par surprise, exécuter la sentence sur le coupable.

y Tous ont le stylet à la main, la rapière au côté. Un des

francs-juges s'approche du trône; et, debout, le glaive nu devant le livre de l'Ordre, il dit : « luges formidables, les preuves n'ont que trop confirmé nos soupçons. L'homme qui prend le nom de Konrad Wallenrod n'est point le vrai Wallenrod î Ce qu'il est, on l'ignore. Il y a quelque douze ans, il est arrivé de je ne sais où, dans les provinces rhénanes. Quand

f le comte Wallenrod allait en Terre sainte , il se joignit

* à son cortège en qualité d'écuyer. Peu de temps après Wallenrod disparut sans qu'on sût de quelle manière. L'écuyer, fortement soupçonné de l'avoir assassiné , quitta sans bruit la Palestine fet débarqua, sur les côtes d'Espagne, où, dans les guerres contre les Maures , il se signala par maints traits de bravoure , remporta déS couronnes dans maints tournois,

^ et se rendit célèbre sous le nom de Wallenrod. Enfin , il fit

les vœux monastiques; et, pour le malheur de l'Ordre,

* il fut nommé grand-maitre. Comment il a gouverné, tous vous lé savez. Cet hiver, tandis que nous luttions contre les frimas, la disette et la Lithuanie , Konrad visitait seul les forêts et les bruyères ; et là , des entrevues secrètes avec Vitold !...

i <( Depuis longtemps mes affidés observent ses démarches.

L'autre soir ils se sont embusqués près de la tourelle , au

^ saillant du rempart; ils ne purent comprendre ce qui se di-

sait entre la recluse et lui-: mais, ô juges! ils pariaient le langage des Lithuaniens!

50 KONIUO WAXXEKAOD.

tf Considérant donc 9 à Tégard de cet homme , les rapports récents des afûdés du.tribuj[ial secret^ le témoignage de nos agents et la rumenr déjà presque publique;

«. Juives! nottsacqusons le grand-maitie de félonie^ d'assassinat^ d'hérésie et de.brahi^.9 ! »

A, ces mots , raccusateur met un genou en terre devant le livre de l'Ordre; et^ La main sur le. crucifix^ il atteste par serment I4 vérité de sa déposition, en invoquant le nom du très-Haut et la passion du Sauxeu?.

Les juges examinent la cayisa; f)nais .point de di3caurs9 point decoii&ult^tUxns» 4 P^<^ un cqM§ d'œil^ un signe de tète manife^tent par moip^ quelque prof^pde et sinistre pensée, Chacun h^ son tour approche de T^autel, feuiMète le livre sacré aveç.la pointe du poignard^ l'interroge en silence, ne prenant conseil que. de lui-mèm^; et., quand son arrêt est formé , pose la main sur son cceur. Alors tous s'écrient d'une voix unanime : «i Malheur! malheur! y>

Et trois fois les voûtes 01^ répéti^ ; « Malheur! 9

Dans ce mot, ce mot seul, tout l'arrêt est compris. Les Juges se sont entendus^ Oomie ^aives ont brillé sur leurs tètes ^ tous sont dirigés vers un point... vers le cœur de Konrad. Ils se retirent en silence*..

Et l'écho souterrain répète encore une fois :

u Malheur ^9 ! »

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